Cottard Docteur

CottardLe docteur Cottard d’après David Richardson

Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

288

41

39

19

159

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2

17

Médecin puis professeur à l’université où il a acquis une notoriété certaine. Il aura l’occasion de soigner le narrateur ainsi que sa grand-mère. C’est un habitué du salon de Mme Verdurin.

Il aime plaisanter et ne sait jamais quelle attitude prendre avec ses interlocuteurs ce qui fait que ceux-ci sont parfois désarçonnés (1). Il se rend avec beaucoup d’assiduité aux mercredis de Mme Verdurin mais n’est pas toujours en mesure d’apprécier la qualité des artistes qui s’y produisent (2).

Il est habitué à faire des plaisanteries jugées par certains « pas drôles », « ineptes », « grotesques », « de commis voyageur »  (3).

Sur le plan professionnel, il bénéficie, chez certains du moins d’une excellente réputation (4). Il est  appelé au chevet du narrateur qui, à la suite d’une congestion, ressent des suffocations, premiers symptômes des crises d’asthme. Ses prescriptions paraissent dans un premier temps étranges aux parents du narrateur mais Cottard se montre ferme et le narrateur va être durablement soulagé. Désormais le docteur Cottard bénéficiera d’une excellente réputation dans la famille du narrateur (5). Madame Verdurin ne cesse de vanter ses mérites et va jusqu’à l’appeler docteur Dieu depuis que Cottard a guéri son mari alors que la faculté le déclarait perdu (6). Cependant, ses pratiques ne s’avèrent pas toujours très efficaces et sont même parfois très critiquées (7) d’ailleurs Bergotte déconseille fortement au narrateur de continuer à faire appel à lui car il considère tout simplement que Cottard est un imbécile (8)

Un jour que Cottard est avec le narrateur au casino d’Incarville près de Balbec, il attire son attention sur l’attitude équivoque d’Albertine dansant avec son amie Andrée ; à partir de cet instant le narrateur va éprouver une jalousie qui l’habitera pendant très longtemps (9).

Le docteur passe beaucoup plus de temps chez les Verdurin qu’à l’Académie et semble davantage attaché aux mondanités et au paraître qu’à soigner ses semblables (10). Orgueilleux et vaniteux et n’hésite pas à mettre en avant ses relations se présentant lui-même comme un « prince de la science » (11).

Souvent bourru avec sa femme Léontine il n’hésite pas à se moquer d’elle en public (12). Pour se faire pardonner ses nombreuses infidélités, il peut cependant montrer par moment une affectueuse brusquerie à son égard  (13).

Il est très déçu que le duel de Charlus contre Morel soit annulé alors qu’il s’était fait un plaisir d’avoir été choisi comme témoin (14).

Cottard mourra de manière prématurée de surmenage (15).

 (1) Le docteur Cottard ne savait jamais d’une façon certaine de quel ton il devait répondre à quelqu’un, si son interlocuteur voulait rire ou était sérieux. Et à tout hasard il ajoutait à toutes ses expressions de physionomie l’offre d’un sourire conditionnel et provisoire dont la finesse expectante le disculperait du reproche de naïveté, si le propos qu’on lui avait tenu se trouvait avoir été facétieux. (Swann 200/293).
(2) Cottard disait beaucoup plus souvent : « Je le verrai mercredi chez les Verdurin », que : « Je le verrai mardi à l’Académie. » Il parlait aussi des mercredis comme d’une occupation aussi importante et aussi inéluctable. (SG 993). D’ailleurs lui et Mme Cottard avec une sorte de bon sens comme en ont aussi certaines gens du peuple se gardaient bien de donner une opinion ou de feindre l’admiration pour une musique qu’ils s’avouaient l’un à l’autre, une fois rentrés chez eux, ne pas plus comprendre que la peinture de « M. Biche ». (Swann 213/310).
(3) M. Verdurin avait d’ailleurs fait sagement en ne retirant pas sa pipe de sa bouche, car Cottard qui avait besoin de s’éloigner un instant fit à mi-voix une plaisanterie qu’il avait apprise depuis peu et qu’il renouvelait chaque fois qu’il avait à aller au même endroit : « Il faut que j’aille entretenir un instant le duc d’Aumale », de sorte que la quinte de M. Verdurin recommença.(Swann 260). »Je n’ai pas l’habitude de répéter deux fois mes ordonnances. Donnez-moi une plume. Et surtout au lait. Plus tard, quand nous aurons jugulé les crises et l’agrypnie, je veux bien que vous preniez quelques potages, puis des purées, mais toujours au lait, au lait. Cela vous plaira, puisque l’Espagne est à la mode, ollé ! ollé ! (Ses élèves connaissaient bien ce calembour qu’il faisait à l’hôpital chaque fois qu’il mettait un cardiaque ou un hépatique au régime lacté.) (JF 498/69).
(4) Ce n’est pas seulement en effet comme un praticien obscur, devenu à la longue, notoriété européenne, que ses confrères considéraient Cottard. Les plus intelligents d’entre les jeunes médecins déclarèrent, — au moins pendant quelques années, car les modes changent étant nées elles-mêmes du besoin de changement, — que si jamais ils tombaient malades, Cottard était le seul maître auquel ils confieraient leur peau. (JF 433/5).
(5) Puis mon état s’aggravant on se décida à me faire suivre à la lettre les prescriptions de Cottard ; au bout de trois jours je n’avais plus de râles, plus de toux et je respirais bien. Alors nous comprîmes que Cottard tout en me trouvant comme il le dit dans la suite, assez asthmatique et surtout « toqué », avait discerné que ce qui prédominait à ce moment-là en moi, c’était l’intoxication, et qu’en faisant couler mon foie et en lavant mes reins, il décongestionnerait mes bronches, me rendrait le souffle, le sommeil, les forces. Et nous comprîmes que cet imbécile était un grand clinicien. (JF 499/70).
(6) Vous savez, il est charmant, dit Mme Verdurin, il a un joli côté de bonhomie narquoise. Et puis il a ramené mon mari des portes du tombeau quand toute la Faculté l’avait condamné. Il a passé trois nuits près de lui, sans se coucher. Aussi Cottard pour moi, vous savez, ajouta-t-elle d’un ton grave et presque menaçant, en levant la main vers les deux sphères aux mèches blanches de ses tempes musicales et comme si nous avions voulu toucher au docteur, c’est sacré ! Il pourrait demander tout ce qu’il voudrait. Du reste, je ne l’appelle pas le Docteur Cottard, je l’appelle le Docteur Dieu ! (SG 962/352).
(7) Or un grand-duc étant venu passer quelques jours à Balbec et ayant un « oeil extrêmement enflé avait fait venir Cottard lequel, en échange de quelques billets de cent francs (le professeur ne se dérangeait pas à moins), avait imputé comme cause à l’inflammation un état toxique et prescrit un régime désintoxiquant. L’oeil ne désenflant pas, le grand-duc se rabattit sur le médecin ordinaire de Balbec, lequel en cinq minutes retira un grain de poussière. Le lendemain il n’y paraissait plus. (SG 797/192).
(8) « Etes-vous bien soigné ? me demanda Bergotte. Qui est-ce qui s’occupe de votre santé ? » Je lui dis que j’avais vu et reverrais sans doute Cottard. « Mais ce n’est pas ce qu’il vous faut ! me répondit-il. Je ne le connais pas comme médecin, Mais je l’ai vu chez Mme Swann. C’est un imbécile. (JF 570/140).
(9) Tenez, regardez, ajouta-t-il en me montrant Albertine et Andrée qui valsaient lentement, serrées l’une contre l’autre, j’ai oublié mon lorgnon et je ne vois pas bien, mais elles sont certainement au comble de la jouissance. On ne sait pas assez que c’est surtout par les seins que les femmes l’éprouvent. Et, voyez, les leurs se touchent complètement. » En effet, le contact n’avait pas cessé entre ceux d’Andrée et ceux d’Albertine. Je ne sais si elles entendirent ou devinèrent la réflexion de Cottard, mais elles se détachèrent légèrement l’une de l’autre tout en continuant à valser. Andrée dit à ce moment un mot à Albertine et celle-ci rit du même rire pénétrant et profond que j’avais entendu tout à l’heure. Mais le trouble qu’il m’apporta cette fois ne me fut plus que cruel ; (SG 795/191).
(10) Cottard disait beaucoup plus souvent : « Je le verrai mercredi chez les Verdurin », que : « Je le verrai mardi à l’Académie. » Il parlait aussi des mercredis comme d’une occupation aussi importante et aussi inéluctable. D’ailleurs Cottard était de ces gens peu recherchés qui se font un devoir aussi impérieux de se rendre à une invitation que si elle constituait un ordre, comme une convocation militaire ou judiciaire. Il fallait qu’il fût appelé par une visite bien importante pour qu’il « lâchât » les Verdurin le mercredi, l’importance ayant trait, d’ailleurs, plutôt à la qualité du malade qu’à la gravité de la maladie. Car Cottard, quoique bon homme, renonçait aux douceurs du mercredi non pour un ouvrier frappé d’une attaque, mais pour le coryza d’un ministre. Encore, dans ce cas, disait-il à sa femme : « Excuse-moi bien auprès de Mme Verdurin. Préviens que j’arriverai en retard. Cette Excellence aurait bien pu choisir un autre jour pour être enrhumée. » Un mercredi, leur vieille cuisinière s’étant coupé la veine du bras, Cottard, déjà en smoking pour aller chez les Verdurin, avait haussé les épaules quand sa femme lui avait timidement demandé s’il ne pourrait pas panser la blessée : « Mais je ne peux pas, Léontine, s’était-il écrié en gémissant ; tu vois bien que j’ai mon gilet blanc. » (SG 879/272).
(11) On évalue généralement que Mme Verdurin est riche à trente-cinq millions. Dame, trente-cinq millions, c’est un chiffre. Aussi elle n’y va pas avec le dos de la cuiller. Vous me parliez de la duchesse de Guermantes. Je vais vous dire la différence : Mme Verdurin c’est une grande dame, la duchesse de Guermantes est probablement une purée. Vous saisissez bien la nuance, n’est-ce pas  » En tout cas, que les Guermantes aillent ou non chez Mme Verdurin, elle reçoit, ce qui vaut mieux, les d’Sherbatoff, les d’Forcheville, et tutti quanti, des gens de la plus haute volée, toute la noblesse de France et de Navarre, à qui vous me verriez parler de pair à compagnon. D’ailleurs ce genre d’individus recherche volontiers les princes de la science », ajoutait-il avec un sourire d’amour-propre béat, amené à ses lèvres par la satisfaction orgueilleuse,… (SG 880/273).
(12) Maintenant Mme Cottard dormait tout à fait. «Hé bien! Léontine, tu pionces, lui cria le professeur.—J’écoute ce que dit Mme Swann, mon ami, répondit faiblement Mme Cottard, qui retomba dans sa léthargie.—C’est insensé, s’écria Cottard, tout à l’heure elle nous affirmera qu’elle n’a pas dormi.(SG 960)Mais son sourire devint vite triste, car le professeur, qui savait que sa femme cherchait à lui plaire et tremblait de n’y pas réussir, venait de lui crier : « Regarde-toi dans la glace, tu es rouge comme si tu avais une éruption d’acné, tu as l’air d’une vieille paysanne. » (SG 962/350).
(13) Mais peut-être parce que la politesse, ce qu’on a « à faire », n’est pas le privilège exclusif des Guermantes, et peut tout d’un coup illuminer et guider les cerveaux les plus incertains, ou parce que, trompant beaucoup sa femme, Cottardavait par moments, par une espèce de revanche, le besoin de la protéger contre qui lui manquait, brusquement le docteur fronça le sourcil, ce que je ne lui avais jamais vu faire, et sans consulter M. de Charlus, en maître : « Voyons, Léontine, ne reste donc pas debout, assieds-toi. (SG 1073/459).
(14) Une fois seul avec Cottard, il [Charlus] le remercia chaleureusement, mais lui déclara qu’il semblait probable que le propos répété n’avait en réalité pas été tenu, et que, dans ces conditions, le docteur voulût bien avertir le second témoin que, sauf complications possibles, l’incident était considéré comme clos. Le danger s’éloignant, Cottardfut désappointé. (SG 1071/458).
(15) Cottard mourut bientôt « face à l’ennemi », dirent les journaux, bien qu’il n’eût pas quitté Paris, mais se fût en effet surmené pour son âge, suivi bientôt par M. Verdurin, dont la mort chagrina une seule personne qui fut, le croirait-on, Elstir. (TR 769/77).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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