Verdurin (Madame Sidonie)

Mme VerdurinMme Verdurin d’après David Richardson

Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

657

121

38

5

299

166

 

18

Modèles possibles : Madame Arman de Caillavet ; Madame de Saint-Marceaux épouse du sculpteur ; Mme Ménard-Dorian ; Mme Germain ; Pauline Ménard ; Madeleine Lemaire ; Mme Aubernon de Nerville ; Misia Sert.

Riche bourgeoise parisienne (1) qui règne avec beaucoup d’autorité sur son salon. Ambitieuse, autoritaire et jalouse, elle parvient à réunir autour d’elle des d’artistes de talent, musiciens, peintres, ses fidèles sur lesquels elle règne sans partage.

Calculatrice et souvent cruelle avec les plus faibles, elle régente tout son monde avec beaucoup d’énergie, d’ailleurs ne l’appelle-t-on pas la Patronne (2) (3). Elle est très possessive d’une grande jalousie et ne tolère pas que ses fidèles lui échappent  (4) car elle se fait une haute opinion de la qualité des personnes qui fréquentent son salon  (5).

Patronne avec sa petite cour mais patronne aussi avec son mari, homme falot qui ne se permet jamais de prendre une initiative sans en référer au préalable à sa femme ; c’est ainsi qu’il transmet à sa femme la demande formulée par Odette de Crécy de recevoir un de ses amis, M. Swann  (6) qui va bientôt faire partie des habitués du salon des Verdurin où il est très apprécié, du moins dans un premier temps  (7). En effet, un jour Swann annonce qu’il est régulièrement invité chez le président Grévy. Erreur fatale ! Sentant qu’il a commis un impair, il tente de minimiser l’importance qu’il prête à ces invitations mais le mal est fait. Mme Verdurin est jalouse qu’un de ses invités puisse fréquenter une maison plus huppée que la sienne (8). Il en sera de même à chaque fois que Swann déclarera connaître des personnes qui n’appartiennent pas au clan des Verdurin  (9). Le moment de la disgrâce définitive se précise et les commentaires de Mme Verdurin à l’encontre de Swann sont parfois violents (10).Dans un esprit de vengeance, Mme Verdurin s’emploie à favoriser une idylle entre Odette, la maîtresse de Swann et M. de Forcheville.  A partir de ce moment Swann ne fréquentera plus le salon des Verdurin, seule Odette continue de s’y rendre  (11).

Swann reçoit une lettre anonyme accusant Odette d’avoir de nombreux amants et de coucher avec des femmes. Les informations reprises dans cette lettre le poursuivent sans cesse et il va se demander si Mme Verdurin n’est pas une des femmes mentionnées dans la lettre. Sommant Odette de lui répondre sur ce point, il n’obtient d’elle qu’une réponse ambiguë (12).

Après son mariage avec Odette, Swann lui demande de limiter ses visites aux Verdurin (13)

Bien qu’antisémite, Mme Verdurin se montre dreyfusarde et l’on verra dans son salon certains des grands défenseurs de la cause de Dreyfus (14).

Les Verdurin vont louer aux Cambremer un château située en Normandie, près de Balbec. : « La Raspelière ». C’est là, durant la saison estivale que la « patronne » réunit son clan. Le narrateur fait désormais partie des invités (15).

Très possessive, Mme Verdurin ne tolère pas la moindre infidélité des membres de ses invités. Elle veut diriger la vie sentimentale de ses « protégés » et n’hésite pas à mettre fin à des idylles en cours pour récupérer une « brebis égarée ». On l’a vu avec Swann, elle  renouvelle la chose avec le pauvre Brichot qui a une aventure avec une blanchisseuse (16). Un peu plus tard, le pauvre Brichot avoue-t-il avoir une attirance pour Mme de Cambremer, aussitôt Mme Verdurin met un terme à l’affaire tout expliquant qu’elle lui rend ainsi un grand service (17).

Curieusement elle oublie immédiatement ses amis qui ont eu la mauvaise idée de mourir.  Il en est ainsi pour Dechambre un musicien ami de vingt-cinq ans (18) et il en sera de même pour la princesse Sherbatoff, une fidèle parmi les fidèles, longtemps sa meilleure amie (26).

Lorsqu’il n’y a pas de couple à séparer, les Verdurin éprouvent de la jouissance à martyriser les faibles. Ainsi s’acharnent-ils sur le pauvre Saniette souffre-douleur sans défense (19). Mme Verdurin  veille cependant à alterner avec lui le chaud et le froid pour être sûr qu’ il leur restera fidèle, sans pouvoir s’empêcher cependant de glisser une perfidie dans la parole conciliante qu’elle consent à délivrer  (20). Mais le couple Verdurin n’est pas beaucoup plus charitable avec les autres dont ils se moquent volontiers dès qu’ils sont absents (21).

Cependant Mme Verdurin peut se montrer très généreuse. Le docteur Cottard recommande-t-il un voyage en mer à l’un des protégés de Mme Verdurin que celle-ci loue un bateau pour partir en croisière. Un peu plus tard les Verdurin achèteront le bateau qui servira à de nombreuses croisières dont l’une à laquelle participe Odette durera une année (22).

Mme Verdurin est constamment poussée par son ambition d’élévation sociale. Son rêve est de recevoir les aristocrates et les membres de la plus haute bourgeoisie du faubourg Saint-Germain et elle est consciente que ses sympathies pour Dreyfus l’ont empêché de satisfaire pleinement son ambition (23). Pour élargir le cercle de ses connaissances, elle organise chez  elle une soirée  pour le compte du baron de Charlus qui pourra inviter qui il souhaite. Cette expérience est un échec et une immense déception car non seulement Charlus ne lui marque aucune reconnaissance mais il fait preuve d’ingratitude et d’une grande muflerie. De leur côté les invités de Charlus ignorent superbement cette Verdurin qui ne fait pas partie de leur monde, certains vont même jusqu’à se moquer d’elle ouvertement (24). Ivre de fureur, Mme Verdurin veut se venger sur Charlus et elle met tout en œuvre pour provoquer une rupture entre lui et son amant Morel. Elle chapitre Morel, lui demande instamment de rompre toutes relations avec Charlus et pour arriver à ses fins elle n’hésite pas développer auprès de Morel des arguments qu’elle invente (25). Morel  finit par la croire et rompt avec son vieux protecteur.

Pendant la guerre de 14-18, le salon de Mme Verdurin ne perdra rien de son lustre. Au contraire, pendant cette période de pénurie et de sacrifice, le salon affiche une débauche de luxe qui attirera les gens les plus variés et les plus élégants (27).

On retrouve Mme Verdurin à la fin du Temps retrouvé. Elle a perdu son mari et s’est remariée avec le duc de Duras. Veuve à nouveau très vite, elle peut enfin satisfaire l’ambition de toute sa vie, entrer dans le monde de la haute aristocratie en  épousant le Prince de Guermantes lui-même devenu veuf (28).

(1)

Vertueuse et d’une respectable famille bourgeoise excessivement riche et entièrement obscure avec laquelle elle avait peu à peu cessé volontairement toute relation (JF 188/279).Vous avez certainement entendu parler des Verdurin. Ils connaissent tout le monde. Et puis eux, du moins, ce ne sont pas des gens chics décatis. Il y a du répondant. On évalue généralement que Mme Verdurin est riche à trente-cinq millions. Dame, trente-cinq millions, c’est un chiffre. Aussi elle n’y va pas avec le dos de la cuiller. (SG 882/273).

(2)

Pour faire partie du « petit noyau », du « petit groupe », du « petit clan » des Verdurin, une condition était suffisante mais elle était nécessaire : il fallait adhérer tacitement à un Credo dont un des articles était que le jeune pianiste, protégé par Mme Verdurin cette année-là et dont elle disait : « ça ne devrait pas être permis de savoir jouer Wagner comme ça ! », « enfonçait » à la fois Planté et Rubinstein et que le docteur Cottard avait plus de diagnostic que Potain. Toute « nouvelle recrue » à qui les Verdurin ne pouvaient pas persuader que les soirées des gens qui n’allaient pas chez eux étaient ennuyeuses comme la pluie, se voyait immédiatement exclue. (Swann 188/279).

(3)

Mme Verdurin était assise sur un haut siège suédois en sapin ciré, qu’un violoniste de ce pays lui avait donné et qu’elle conservait quoiqu’il rappelât la forme d’un escabeau et jurât avec les beaux meubles anciens qu’elle avait, mais elle tenait à garder en évidence les cadeaux que les fidèles avaient l’habitude de lui faire de temps en temps, afin que les donateurs eussent le plaisir de les reconnaître quand ils venaient….…De ce poste élevé elle participait avec entrain à la conversation des fidèles et s’égayait de leurs « fumisteries », mais depuis l’accident qui était arrivé à sa mâchoire, elle avait renoncé à prendre la peine de pouffer effectivement et se livrait à la place à une mimique conventionnelle qui signifiait sans fatigue ni risques pour elle, qu’elle riait aux larmes. Au moindre mot que lâchait un habitué contre un ennuyeux ou contre un ancien habitué rejeté au camp des ennuyeux,—et pour le plus grand désespoir de M. Verdurin qui avait eu longtemps la prétention d’être aussi aimable que sa femme, mais qui riant pour de bon s’essoufflait vite et avait été distancé et vaincu par cette ruse d’une incessante et fictive hilarité—, elle poussait un petit cri, fermait entièrement ses yeux d’oiseau qu’une taie commençait à voiler, et brusquement, comme si elle n’eût eu que le temps de cacher un spectacle indécent ou de parer à un accès mortel, plongeant sa figure dans ses mains qui la recouvraient et n’en laissaient plus rien voir, elle avait l’air de s’efforcer de réprimer, d’anéantir un rire qui, si elle s’y fût abandonnée, l’eût conduite à l’évanouissement. Telle, étourdie par la gaieté des fidèles, ivre de camaraderie, de médisance et d’assentiment, Mme Verdurin, juchée sur son perchoir, pareille à un oiseau dont on eût trempé le colifichet dans du vin chaud, sanglotait d’amabilité. (Swann 205/300).

(4)

Mme Verdurin aimait vraiment les habitués, les fidèles du petit clan, elle les voulait tout à leur Patronne. Faisant la part du feu, comme ces jaloux qui permettent qu’on les trompe, mais sous leur toit et même sous leurs yeux, c’est-à-dire qu’on ne les trompe pas, elle concédait aux hommes d’avoir une maîtresse, un amant, à condition que tout cela n’eût aucune conséquence sociale hors de chez elle, se nouât et se perpétuât à l’abri des mercredis. Tout éclat de rire furtif d’Odette auprès de Swann lui avait jadis rongé le cœur, depuis quelque temps tout aparté entre Morel et le baron [de Charlus] ; elle trouvait à ses chagrins une seule consolation, qui était de défaire le bonheur des autres. Elle n’eût pu supporter longtemps celui du baron. (Pris 278/266).

(5)

Oh ! vous savez ce qu’il y a surtout, dit modestement Mme Verdurin, c’est qu’ils se sentent en confiance. Ils parlent de ce qu’ils veulent, et la conversation rejaillit en fusées. Ainsi Brichot, ce soir, ce n’est rien : je l’ai vu, vous savez, chez moi, éblouissant, à se mettre à genoux devant ; eh bien ! chez les autres, ce n’est plus le même homme, il n’a plus d’esprit, il faut lui arracher les mots, il est même ennuyeux. (Swann 253/359). 

(6)

Aussi quand cette année-là, la demi-mondaine raconta à M. Verdurin qu’elle avait fait la connaissance d’un homme charmant, M. Swann, et insinua qu’il serait très heureux d’être reçu chez eux, M. Verdurin transmit-il séance tenante la requête à sa femme. (Il n’avait jamais d’avis qu’après sa femme, dont son rôle particulier était de mettre à exécution les désirs, ainsi que les désirs des fidèles, avec de grandes ressources d’ingéniosité.)—Voici Mme de Crécy qui a quelque chose à te demander. Elle désirerait te présenter un de ses amis, M. Swann. Qu’en dis-tu ?— »Mais voyons, est-ce qu’on peut refuser quelque chose à une petite perfection comme ça. Taisez-vous, on ne vous demande pas votre avis, je vous dis que vous êtes une perfection. » (Swann 190/282).

(7)

Vous savez que votre ami nous plaît beaucoup, dit Mme Verdurin à Odette au moment où celle-ci lui souhaitait le bonsoir. Il est simple, charmant ; si vous n’avez jamais à nous présenter que des amis comme cela, vous pouvez les amener. (Swann 215/312).

(8)

Je le connais un peu, nous avons des amis communs (il n’osa pas dire que c’était le prince de Galles), du reste il invite très facilement et je vous assure que ces déjeuners n’ont rien d’amusant, ils sont d’ailleurs très simples, on n’est jamais plus de huit à table, répondit Swann qui tâchait d’effacer ce que semblaient avoir de trop éclatant aux yeux de son interlocuteur, des relations avec le Président de la République.…— »Ah ! je vous crois qu’ils ne doivent pas être amusants ces déjeuners, vous avez de la vertu d’y aller, dit Mme Verdurin, à qui le Président de la République apparaissait comme un ennuyeux particulièrement redoutable parce qu’il disposait de moyens de séduction et de contrainte qui, employés à l’égard des fidèles, eussent été capables de les faire lâcher. Il paraît qu’il est sourd comme un pot et qu’il mange avec ses doigts. » (Swann  217/314).

(9)

« On me paierait bien cher que je ne laisserais pas entrer ça chez moi », conclut Mme Verdurin, en regardant Swann d’un air impérieux. (Swann 259/367).

(10)

As-tu remarqué comme Swann a ri d’un rire niais quand nous avons parlé de Mme La Trémoïlle ? » (Swann 265).Il n’est pas franc, c’est un monsieur cauteleux, toujours entre le zist et le zest. Il veut toujours ménager la chèvre et le chou. (Swann 265/374).

Et elle ajouta encore un instant après, avec colère :

—Non, mais voyez-vous, cette sale bête ! (Swann 285/399).

(11)

— »Odette, nous vous ramenons, dit Mme Verdurin, nous avons une petite place pour vous à côté de M. de Forcheville.— »Oui, Madame », répondit Odette.— »Comment, mais je croyais que je vous reconduisais », s’écria Swann, disant sans dissimulation, les mots nécessaires, car la portière était ouverte, les secondes étaient comptées, et il ne pouvait rentrer sans elle dans l’état où il était.— »Mais Mme Verdurin m’a demandé… »— »Voyons, vous pouvez bien revenir seul, nous vous l’avons laissée assez de fois, dit Mme Verdurin. »—Mais c’est que j’avais une chose importante à dire à Madame.—Eh bien ! vous la lui écrirez…—Adieu, lui dit Odette en lui tendant la main.Il essaya de sourire mais il avait l’air atterré. (Swann 285/398).

(12)

Swann se rappela pour la première fois une phrase qu’Odette lui avait dite il y avait déjà deux ans : « Oh ! Mme Verdurin, en ce moment il n’y en a que pour moi, je suis un amour, elle m’embrasse, elle veut que je fasse des courses avec elle, elle veut que je la tutoie. » Loin de voir alors dans cette phrase un rapport quelconque avec les absurdes propos destinés à simuler le vice que lui avait racontés Odette, il l’avait accueillie comme la preuve d’une chaleureuse amitié. Maintenant voilà que le souvenir de cette tendresse de Mme Verdurin était venu brusquement rejoindre le souvenir de sa conversation de mauvais goût. Il ne pouvait plus les séparer dans son esprit, et les vit mêlées aussi dans la réalité, la tendresse donnant quelque chose de sérieux et d’important à ces plaisanteries qui en retour lui faisaient perdre de son innocence. (Swann 361/492).

(13)

Quand il avait épousé Odette, il lui avait demandé de ne plus fréquenter le petit clan (il avait pour cela bien des raisons et s’il n’en avait pas eu, l’eût fait tout de même par obéissance à une loi d’ingratitude qui ne souffre pas d’exception et qui faisait ressortir l’imprévoyance de tous les entremetteurs ou leur désintéressement). Il avait seulement permis qu’Odette échangeât avec Mme Verdurin deux visites par an, ce qui semblait encore excessif à certains fidèles indignés de l’injure faite à la Patronne qui avait pendant tant d’années traité Odette et même Swann comme les enfants chéris de la maison. (JF 599/169).

(14)

Dans ce grand monde-là, celui des Guermantes, d’où la curiosité se détournait un peu, les modes intellectuelles nouvelles ne s’incarnaient pas en divertissements à leur image, comme en ces bluettes de Bergotte écrites pour Mme Swann, comme en ces véritables séances de salut public (si le monde avait pu s’intéresser à l’affaire Dreyfus) où chez Mme Verdurin se réunissaient Picquart, Clemenceau, Zola, Reinach et Labori. (SG 747/144).

(15)

Ma dépêche expliquait le téléphonage des Verdurin et elle tombait d’autant mieux que le mercredi (le surlendemain se trouvait être un mercredi) était jour de grand dîner pour Mme Verdurin, à la Raspelière comme à Paris, ce que j’ignorais. Mme Verdurin ne donnait pas de « dîners », mais elle avait des « mercredis ». Les mercredis étaient des oeuvres d’art. Tout en sachant qu’ils n’avaient leurs pareils nulle part, Mme Verdurin introduisait entre eux des nuances. « Ce dernier mercredi ne valait pas le précédent, disait-elle. Mais je crois que le prochain sera un des plus réussis que j’aie jamais donnés. » (SG 807/205).

(16)

Il est vrai qu’à deux reprises l’amour avait manqué de faire ce que les travaux ne pouvaient plus : détacher Brichot du petit clan. Mais Mme Verdurin, qui « veillait au grain », et d’ailleurs, en ayant pris l’habitude dans l’intérêt de son salon, avait fini par trouver un plaisir désintéressé dans ce genre de drames et d’exécutions, l’avait irrémédiablement brouillé avec la personne dangereuse, sachant, comme elle le disait, « mettre bon ordre à tout » et « porter le fer rouge dans la plaie ». Cela lui avait été d’autant plus aisé pour l’une des personnes dangereuses que c’était simplement la blanchisseuse de Brichot, et Mme Verdurin, ayant ses petites entrées dans le cinquième du professeur, écarlate d’orgueil quand elle daignait monter ses étages, n’avait eu qu’à mettre à la porte cette femme de rien. « Comment, avait dit la Patronne à Brichot, une femme comme moi vous fait l’honneur de venir chez vous, et vous recevez une telle créature ? » (SG 868/261).

(17)

Demandez à Brichot si je ne suis pas une amie courageuse, et si je ne sais pas me dévouer pour sauver les camarades.  » (Elle faisait allusion aux circonstances dans lesquelles elle l’avait, juste à temps, brouillé avec sa blanchisseuse d’abord, avec Mme de Cambremer ensuite, brouilles à la suite desquelles Brichot était devenu presque complètement aveugle et, disait-on, morphinomane). (Pris 281/269).

(18)

Mme Verdurin, comme presque tous les gens du monde, justement parce qu’elle avait besoin de la société des autres, ne pensait plus un seul jour à eux après qu’étant morts, ils ne pouvaient plus venir aux mercredis, ni aux samedis, ni dîner en robe de chambre. Et on ne pouvait pas dire du petit clan, image en cela de tous les salons, qu’il se composait de plus de morts que de vivants, vu que, dès qu’on était mort, c’était comme si on n’avait jamais existé. (SG 896/288).

(19)

M. Verdurin fut heureux de constater que Saniette, malgré les rebuffades que celui-ci avait essuyées l’avant-veille, n’avait pas déserté le petit noyau. En effet, Mme Verdurin et son mari avaient contracté dans l’oisiveté des instincts cruels à qui les grandes circonstances, trop rares, ne suffisaient plus. On avait bien pu brouiller Odette avec Swann, Brichot avec sa maîtresse. On recommencerait avec d’autres, c’était entendu. Mais l’occasion ne s’en présentait pas tous les jours. Tandis que, grâce à sa sensibilité frémissante, à sa timidité craintive et vite affolée, Saniette leur offrait un souffre-douleur quotidien. (SG 900/293).

(20)

Bien que sentant l’orage passé, l’ancien archiviste hésitait à répondre : « Mais aussi, dit Mme Verdurin, tu l’intimides, tu te moques de tout ce qu’il dit, et puis tu veux qu’il réponde. Voyons, dites, qui jouait ça ? on vous donnera de la galantine à emporter », dit Mme Verdurin, faisant une méchante allusion à la ruine où Saniette s’était précipité lui-même en voulant en tirer un ménage de ses amis. (SG 936/327).

(21)

Dès qu’un fidèle était sorti une demi-heure, on se moquait de lui devant les autres, on feignait d’être surpris qu’ils n’eussent pas remarqué combien il avait toujours les dents sales, ou, au contraire, qu’il les brossât, par manie, vingt fois par jour. Si l’un se permettait d’ouvrir la fenêtre, ce manque d’éducation faisait que le Patron et la Patronne échangeaient un regard révolté. Au bout d’un instant, Mme Verdurin demandait un châle, ce qui donnait le prétexte à M. Verdurin de dire, d’un air furieux : « Mais non, je vais fermer la fenêtre, je me demande qu’est-ce qui s’est permis de l’ouvrir « , devant le coupable, qui rougissait jusqu’aux oreilles. On vous reprochait indirectement la quantité de vin qu’on avait bue. « Ca ne vous fait pas mal ? C’est bon pour un ouvrier.  » Les promenades ensemble de deux fidèles qui n’avaient pas préalablement demandé son autorisation à la Patronne avaient pour conséquence des commentaires infinis, si innocentes que fussent ces promenades. (Pris 229/218).

(22)

Le peintre ayant été malade, le docteur Cottard lui conseilla un voyage en mer; plusieurs fidèles parlèrent de partir avec lui; les Verdurin ne purent se résoudre à rester seuls, louèrent un yacht, puis s’en rendirent acquéreurs et ainsi Odette fit de fréquentes croisières…… Une fois, partis pour un mois seulement, croyaient-ils, soit qu’ils eussent été tentés en route, soit que M. Verdurin eût sournoisement arrangé les choses d’avance pour faire plaisir à sa femme et n’eût averti les fidèles qu’au fur et à mesure, d’Alger ils allèrent à Tunis, puis en Italie, puis en Grèce, à Constantinople, en Asie Mineure. Le voyage durait depuis près d’un an. (Swann 373/507).

(23)

M. de Charlus, de haute naissance, pouvait se passer des gens les plus élégants dont l’assemblée eût fait du salon de Mme Verdurin un des premiers de Paris. Or celle-ci commençait à trouver qu’elle avait déjà bien des fois manqué le coche, sans compter l’énorme retard que l’erreur mondaine de l’affaire Dreyfus lui avait infligé, non sans lui rendre service pourtant. (Pris 234/223).

(24)

Personne n’eût plus pensé à se faire présenter à Mme Verdurin qu’à l’ouvreuse d’un théâtre où une grande dame a, pour un soir, amené toute l’aristocratie.(Pris 266/255).Et M. de Charlus ne se contentait même pas d’omettre dans la conversation Mme Verdurin et de parler de sujets de toute sorte qu’il semblait avoir plaisir à développer et varier, pour le cruel plaisir, qui avait toujours été le sien, de faire rester indéfiniment sur leurs jambes à « faire la queue  » les amis qui attendaient avec une épuisante patience que leur tour fût venu ; il faisait même des critiques sur toute la partie de la soirée dont Mme Verdurin était responsable.. (Pris 268/256).Aucune ne s’occupait de Mme Verdurin. Plusieurs feignirent de ne pas la reconnaître et de dire adieu par erreur à Mme Cottard, en me disant de la femme du docteur : « C’est bien Mme Verdurin, n’est-ce pas ?  »  (Pris 273/261).

(25

« Si vous n’avez rien entendu dire, vous êtes le seul. C’est un Monsieur qui a une sale réputation et qui a de vilaines histoires. Je sais que la police l’a à l’œil, et c’est, du reste, ce qui peut lui arriver de plus heureux pour ne pas finir comme tous ses pareils, assassiné par des apaches « … (Pris 311/298).

(26)

A notre grand étonnement, quand Brichot lui dit sa tristesse de savoir que sa grande amie était si mal, Mme Verdurin répondit : « Ecoutez, je suis obligée d’avouer que de tristesse je n’en éprouve aucune. Il est inutile de feindre les sentiments qu’on ne ressent pas.  » (Pris 239/227).

(27)

…le « salon » Verdurin, s’il continuait en esprit et en vérité, s’était transporté momentanément dans undes plus grands hôtels de Paris, le manque de charbon et de lumière rendant plus difficiles les réceptions des Verdurin dans l’ancien logis, fort humide, des Ambassadeurs de Venise. Le nouveau salon ne manquait pas du reste d’agrément. Comme à Venise, la place, comptée à cause de l’eau, commande la forme des palais, comme un bout de jardin dans Paris ravit plus qu’un parc en province, l’étroite salle à manger qu’avait Mme Verdurin à l’hôtel faisait d’une sorte de losange aux murs éclatants de blancheur comme un écran sur lequel se détachaient à chaque mercredi, et presque tous les jours, tous les gens les plus intéressants, les plus variés, les femmes les plus élégantes de Paris, ravis de profiter du luxe des Verdurin qui, grâce à leur fortune, allait croissant à une époque où les plus riches se restreignaient faute de toucher leurs revenus. (TR 733/39). 

(28)

En effet, Mme Verdurin, peu après la mort de son mari avait épousé le vieux duc de Duras, ruiné, qui l’avait faite cousine du prince de Guermantes, et était mort après deux ans de mariage. Il avait été pour Mme Verdurin une transition fort utile et maintenant celle-ci par un troisième mariage était Princesse de Guermantes et avait dans le faubourg Saint-Germain une grande situation qui eût fort étonné à Combray où les dames de la rue de l’Oiseau, la fille de Mme Goupil et la belle fille Mme de Sazerat, toutes ces dernières années, avant que Mme Verdurin ne fût Princesse de Guermantes, avaient dit en ricanant : « la Duchesse de Duras », comme si c’eût été un rôle que Mme Verdurin eût tenu au théâtre. (TR 955/261).

 

 

 

 

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