Verdurin (Monsieur Gustave)

Verdurin M 2Monsieur Verdurin d’après Patrick Alexander

Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

130

36

3

 

59

32

Il est parfois appelé « le Patron » par les invités du salon que tient sa femme.

Mari de Madame et tout à sa dévotion, il a rarement un avis personnel et est toujours prêt à se ranger à ses jugements (1). Ecrasé par sa personnalité (2) il la soutient inconditionnellement, dans toutes les situations ; Mme Verdurin  a été vexée par l’attitude de Swann jusque là adulé, et son mari la soutient sans nuances dans ses critiques  (3).

Comme sa femme, il est très égoïste et peu faire preuve de beaucoup de cynisme. L’annonce de la mort d’un ami le laisse parfaitement indifférent, ce qui l’intéresse c’est la bouillabaisse que l’on doit servir au repas (4). De la même façon, il craint tellement de gâcher une soirée qu’il nie l’évidence lorsque on lui annonce la mort de la princesse Sherbatoff, pourtant un des piliers du clan Verdurin (5). Les Verdurin éprouvent de la jouissance à martyriser le pauvre M. Saniette. Ils veillent cependant à alterner avec lui le chaud et le froid pour être sûr que celui-ci  leur restera fidèle (6).

M. Verdurin prend plaisir à faire preuve de méchanceté et de cruauté avec les plus faibles que lui. Un jour, au cours d’un dîner il se déchaîne contre Saniette devant les autres convives qui assistent avec plaisir à une véritable mise à mort (7). Profondément secoué par cette algarade, Saniette aura une attaque quelques minutes après et mourra quelques semaines plus tard (8). Les Verdurin apprendront bientôt que Saniette a perdu toute sa fortune en voulant secourir un ami et, peut-être pour se racheter de leur méchanceté, ils vont lui verser une pension jusqu’à sa mort (9).

(1)
Aussi quand cette année-là, la demi-mondaine raconta à M. Verdurin qu’elle avait fait la connaissance d’un homme charmant, M. Swann, et insinua qu’il serait très heureux d’être reçu chez eux, M. Verdurin transmit-il séance tenante la requête à sa femme. (Il n’avait jamais d’avis qu’après sa femme, dont son rôle particulier était de mettre à exécution les désirs, ainsi que les désirs des fidèles, avec de grandes ressources d’ingéniosité.) (Swann 190/282).
(2)

Au moindre mot que lâchait un habitué contre un ennuyeux ou contre un ancien habitué rejeté au camp des ennuyeux,—et pour le plus grand désespoir de M. Verdurin qui avait eu longtemps la prétention d’être aussi aimable que sa femme, mais qui riant pour de bon s’essoufflait vite et avait été distancé et vaincu par cette ruse d’une incessante et fictive hilarité.  (Swann 205/300).

Quant à M. Verdurin, trouvant que c’était un peu fatigant de se mettre à rire pour si peu, il se contenta de tirer une bouffée de sa pipe en songeant avec tristesse qu’il ne pouvait plus rattraper sa femme sur le terrain de l’amabilité. (Swann 215/312).

(3)

Il n’est pas franc, c’est un monsieur cauteleux, toujours entre le zist et le zest. Il veut toujours ménager la chèvre et le chou…(Swann 265/374).

…Mais je te l’ai dit, répondit M. Verdurin, c’est le raté, le petit individu envieux de tout ce qui est un peu grand. (Swann 266/375).

(4)
« Hé bien ! ce pauvre Dechambre ! dit-il, mais à mi-voix, dans la crainte que Mme Verdurin ne fût pas loin.—C’est affreux, répondit allègrement M. Verdurin.—Si jeune », reprit Brichot. Agacé de s’attarder à ces inutilités, M. Verdurin répliqua d’un ton pressé et avec un gémissement suraigu, non de chagrin, mais d’impatience irritée : « Hé bien oui, mais qu’est-ce que vous voulez, nous n’y pouvons rien, ce ne sont pas nos paroles qui le ressusciteront, n’est-ce pas ? » Et la douceur lui revenant avec la jovialité : « Allons, mon brave Brichot, posez vite vos affaires. Nous avons une bouillabaisse qui n’attend pas… (SG 899/292).
(5)
M. Verdurin à qui nous fîmes nos condoléances pour la princesse Sherbatoff, nous dit : « Oui, je sais qu’elle est très mal. – Mais non, elle est morte à six heures « , s’écria Saniette. « Vous, vous exagérez toujours « , dit brutalement à Saniette M. Verdurin, qui, la soirée n’étant pas décommandée, préférait l’hypothèse de la maladie,…(Pris 227/217).
(6)
M. Verdurin fut heureux de constater que Saniette, malgré les rebuffades que celui-ci avait essuyées l’avant-veille, n’avait pas déserté le petit noyau. En effet, Mme Verdurin et son mari avaient contracté dans l’oisiveté des instincts cruels à qui les grandes circonstances, trop rares, ne suffisaient plus. On avait bien pu brouiller Odette avec Swann, Brichot avec sa maîtresse. On recommencerait avec d’autres, c’était entendu. Mais l’occasion ne s’en présentait pas tous les jours. Tandis que, grâce à sa sensibilité frémissante, à sa timidité craintive et vite affolée, Saniette leur offrait un souffre-douleur quotidien. (SG 900/293).
(7)
« C’est bien rendu, hein ? demanda M. Verdurin à Saniette.
– Je crains seulement, répondit celui-ci en bégayant, que la virtuosité même de Morel n’offusque un peu le sentiment général de l’œuvre.
– Offusquer, qu’est-ce que vous voulez dire ? » hurla M. Verdurin tandis que des invités s’empressaient, prêts, comme des lions, à dévorer l’homme terrassé.
« Oh ! je ne vise pas à lui seulement…
– Mais il ne sait plus ce qu’il dit. Viser à quoi ?
– Il… faudrait… que… j’entende… encore une fois pour porter un jugement à la rigueur.
– A la rigueur ! Il est fou ! » dit M. Verdurin se prenant la tête dans les mains. « On devrait l’emmener.
– Cela veut dire : avec exactitude, vous… dites bbbien… avec une exactitude rigoureuse. Je dis que je ne peux pas juger à la rigueur.
– Et moi, je vous dis de vous en aller », cria M. Verdurin grisé par sa propre colère, en lui montrant la porte du doigt, l’oeil flambant. « Je ne permets pas qu’on parle ainsi chez moi! »
Saniette s’en alla en décrivant des cercles comme un homme ivre… (SG 265/253).
(8)
… Car cinq minutes ne s’étaient pas écoulées depuis l’algarade de M. Verdurin, qu’un valet de pied vint prévenir le Patron que M. Saniette était tombé d’une attaque dans la cour de l’hôtel.
Mais la soirée n’était pas finie. « Faites-le ramener chez lui, ce ne sera rien », dit le Patron dont l’hôtel « particulier » , comme eut dit le directeur de l’hôtel de Balbec, fut assimilé ainsi à ces grands hôtels où on s’empresse de cacher les morts subites pour ne pas effrayer la clientèle, et où on cache provisoirement le défunt dans un garde-manger, jusqu’au moment où, eût-il été de son vivant le plus brillant et le plus généreux des hommes, on le fera sortir clandestinement par la porte réservée aux « plongeurs » et aux sauciers.
Mort, du reste, Saniette ne l’était pas. Il vécut encore quelques semaines, mais sans reprendre que passagèrement connaissance. (Pris 265/254).

 (9)
Pour revenir en arrière, à la soirée Verdurin, quand les maîtres de maison furent seuls, M. Verdurin dit à sa femme : « Tu sais où est allé Cottard ? Il est auprès de Saniette dont le coup de bourse pour se rattraper a échoué. En arrivant chez lui tout à l’heure, après nous avoir quittés, en apprenant qu’il n’avait plus un franc et qu’il avait près d’un million de dettes, Saniette a eu une attaque. – Mais aussi pourquoi a-t-il joué, c’est idiot, il est l’être le moins fait pour ça. De plus fins que lui y laissent leurs plumes, et lui était destiné à se laisser rouler par tout le monde. – Mais, bien entendu, il y a longtemps que nous savons qu’il est idiot, dit M. Verdurin. Mais enfin le résultat est là. Voilà un homme qui sera mis demain à la porte par son propriétaire, qui va se trouver dans la dernière misère ; ses parents ne l’aiment pas, ce n’est pas Forcheville qui fera quelque chose pour lui. Alors j’avais pensé, je ne veux rien faire qui te déplaise, mais nous aurions peut-être pu lui faire une petite rente pour qu’il ne s’aperçoive pas trop de sa ruine, qu’il puisse se soigner chez lui. – Je suis tout à fait de ton avis, c’est très bien de ta part d’y avoir pensé. (Pris 324/311).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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