Léon-Paul Fargue

Le poète qui n’a pas vu Marcel Proust depuis longtemps est saisi par son aspect physique. 

Mais qu’il était changé, tout pâle, avec des cheveux jusqu’aux sourcils, une barbe bleue à force d’être noire qui lui mangeait la figure. Il me rappelait sans que je puisse m’y fixer, les têtes vues dans les musées, je ne sais quel Greco, quels portraits de l’école florentine ou lombarde, je ne sais quel prince persan. Mais le col de l’habit baillait un peu. La manche trop longue couvrait une main frileuse. Il avait l’air d’un homme qui ne vit plus à l’air et au jour, l’air d’un ermite qui n’est pas sorti depuis longtemps de son chêne, avec quelque chose d’angoissant sur le visage et comme l’expression d’un chagrin qui commence à s’adoucir. Il dégageait de la bonté amère…

 

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