Maurice Martin du Gard

Maurice Martin du Gard (1896-1970)

Ecrivain et journaliste

Petit-cousin de Roger Martin du Gard

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Marcel Proust charmeur…  et un tantinet comédien

 

Maurice Martin du Gard

Février 1922, Les Mémorables – 1918-1945

« C’est à onze heures du soir – ce qui fit qu’il avait l’air d’être en avance – que Marcel Proust entra chez la princesse Soutzo comme un phalène qui va buter contre la lampe […] Un allègre murmure s’étendit délicatement autour de Proust qui commençait à jouer toutes les nuances de l’abandon, de la joie et de la douleur pour se fixer dans cette sorte de modestie qu’on voit aux grandes vedettes et qui, chez lui, était naturelle. « Mon cher petit Marcel ! » « « Mon cher ami ! » « Cher et grand ami ! ». Proust déposait sur les mains et sur les yeux qui l’accueillaient un long sourire hindou, tout en glissant avec lenteur vers le milieu du salon, confiant à un ambassadeur qu’il « vacillait », alors qu’il n’avait jamais paru aussi droit, à un autre qu’il était mort trois fois depuis le mois dernier à d’autres encore dont je fus que, dans la journée même, il avait failli mourir encore. Il disait cela avec une telle gentillesse, la voix unie et si simple, que ces terribles nouvelles n’inspiraient pas la commisération qu’il eût peut-être souhaitée, on le croyait sur parole et l’important c’est qu’il fût là. Mais le regard, sous la paupière orientale, lourde et bistrée, avaient un tel charme et il semblait nourrir pour chacun un intérêt si profond qu’il était impossible de s’y dérober pour observer non seulement le visage lui-même, mais le détail, le négligé, le démodé, on ne savait trop, du vêtement. »

 

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