Cambremer (Marquise Renée-Elodie de)

Cambremer Mme - RRené-Elodie de Cambremer d’après David Richardson

 

Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

214

12

10

18

144

6

16

8

Modèle possible : comtesse d’Haussonville ; Madame de Saint-Marceaux

Les Cambremer font partie de la petite aristocratie de province et font tout pour cacher les origines plébéiennes de leur belle-fille René-Elodie qui n’est autre que la sœur de M. Legrandin. Elle a épousé le Marquis de Cambremer  et est souvent désignée sous son double nom « CambremerLegrandin » pour ne pas être confondue avec sa belle-mère, la Marquise douairière de Cambremer. Le lift du Grand Hôtel de Balbec persiste à appeler les Cambremer : Camenbert (1).

C’est une jeune femme intelligente et ambitieuse qui rêve d’être admise dans le milieu des Guermantes mais qui la traite avec une certaine condescendance en raison de ses origines modestes  (2).

Jeune, elle est très jolie et rend jalouse beaucoup de femmes (3). Elle a été amoureuse de Swann (4) et  a eu une liaison avec lui dans sa jeunesse (5).

Mme de Guermantes et Mme de Villeparisis sont particulièrement méchantes et critiques à son égard, elles méprisent son origine modeste et le physique de « cette énorme herbivore » ce qui laisse entendre que Mme de Cambremer a dû beaucoup changer en peu de temps, elle décrite jadis comme si belle (6) et (7).

Les Cambremer ont coutume d’organiser des réceptions somptueuses. Bien que fortunés, ils cherchent à augmenter leurs revenus en louant une de leurs propriétés, la Raspelière, aux  Verdurin (8). Les Cambremer y sont un jour invités par leurs locataires et Renée-Elodie ne peut s’empêcher de critiquer les modifications que Mme Verdurin a apportées à la maison  (9) et de marquer son dédain mais en fait, tant elle que son mari sont très impressionnés au moment de rendre l’invitation (10).

Contrairement à sa belle-mère qui fait des efforts pour paraître simple et se mettre au niveau de tous, Renée-Elodie traite ses interlocuteurs en fonction de leur niveau social et de leur origine  (11). Elle vit une grande partie de l’année dans leur propriété normande à Féterne et acquiert un langage un peu provincial  (12).

A la surprise générale, son fils, Léonor épouse la nièce de l’ancien giletier Jupien richement dotée par son protecteur Charlus.  La mère du narrateur pense que malgré les apparences cette union va être appréciée par les Cambremer qui ont perdu une bonne partie de leur fortune (13). C’est la Princesse de Parme qui a favorisé le mariage de Léonor de  (14) alors que René-Elodie déclare ne pas l’apprécier (15).

A la suite de ce mariage, la duchesse de Guermantes qui jusque là avait été très désagréable avec Mme de Cambremer finit par lui trouver des qualités et à rechercher sa compagnie mais celle-ci n’en éprouve aucun plaisir et ne la fréquente que par politesse (16).

A la fin de l’œuvre, on apprend qu’elle est peu appréciée par le narrateur et encore moins par son ami Robert de Saint-Loup qui la traite d’idiote (17).

 

(1) Il y avait bien dix minutes de cela lorsque le lift, tout essoufflé, vint me prévenir : « C’est la marquise de Camembert qui vient n’ici pour voir Monsieur. Je suis monté à la chambre, j’ai cherché au salon de lecture, je ne pouvais pas trouver Monsieur (SG 805/200).
(2) …Non, c’est une petite Mme de Cambremer, répondit étourdiment la princesse et elle ajouta vivement : Je vous répète ce que j’ai entendu dire, je n’ai aucune espèce de notion de qui c’est, on a dit derrière moi que c’étaient des voisins de campagne de Mme de Saint-Euverte, mais je ne crois pas que personne les connaisse. Ça doit être des « gens de la campagne » ! (Swann 337/462).
(3)
Vous trouvez ? Elle est jolie à croquer, dit le général qui ne perdait pas Mme de Cambremer de vue. Ce n’est pas votre avis, princesse ?
Elle se met trop en avant, je trouve que chez une si jeune femme, ce n’est pas agréable, car je ne crois pas qu’elle soit ma contemporaine, répondit Mme des Laumes…(Swann 337/462).
(4) « Ne parlez pas à tort et à travers de Mme de Cambremer « , dit Swann, dans le fond très flatté. « Mais je ne fais que répéter ce qu’on m’a dit. D’ailleurs il paraît qu’elle est très intelligente, je ne la connais pas. Je la crois très « pusshing », ce qui m’étonne d’une femme intelligente. Mais tout le monde dit qu’elle a été folle de vous, cela n’a rien de froissant. » Swann garda un mutisme de sourd, qui était une espèce de confirmation, et une preuve de fatuité  (JF 535/105).
(5) Mais toute cette humeur de Mme de Cambremer changea soudain quand elle aperçut M. de Charlus, qu’elle connaissait de vue. Jamais elle n’avait réussi à se le faire présenter, même au temps de la liaison qu’elle avait eue avec Swann  (SG 915/307)
(6)
C’est M. Legrandin, dit à mi-voix Mme de Villeparisis ; il a une sœur qui s’appelle Mme de Cambremer ce qui ne doit pas, du reste, te dire plus qu’à moi.
Comment, mais je la connais parfaitement, s’écria en mettant sa main devant sa bouche Mme de Guermantes. Ou plutôt je ne la connais pas, mais je ne sais pas ce qui a pris à Basin, qui rencontre Dieu sait où le mari, de dire à cette grosse femme de venir me voir  (Guer 202/194).
(7)
…Ah ! mais Oriane a une cousine dont la mère, sauf erreur, est née Grandin. Je sais très bien, ce sont des Grandin de l’Eprevier.
—Non, répondit Mme de Villeparisis, cela n’a aucun rapport. Ceux-ci Grandin tout simplement, Grandin de rien du tout. Mais ils ne demandent qu’à l’être de tout ce que tu voudras. La sœur de celui-ci s’appelle Mme de Cambremer.
—Mais voyons, Basin, vous savez bien de qui ma tante veut parler, s’écria la duchesse avec indignation, c’est le frère de cette énorme herbivore que vous avez eu l’étrange idée d’envoyer venir me voir l’autre jour. Elle est restée une heure, j’ai pensé que je deviendrais folle. Mais j’ai commencé par croire que c’était elle qui l’était en voyant entrer chez moi une personne que je ne connaissais pas et qui avait l’air d’une vache  (Guer 231/222).
(8) …ces jardins où poussaient en pleine terre, grâce à l’exposition de Féterne, les figuiers, les palmiers, les plants de rosiers, jusque dans la mer souvent d’un calme et d’un bleu méditerranéens et sur laquelle le petit yacht des propriétaires allait, avant le commencement de la fête, chercher, dans les plages de l’autre côté de la baie, les invités les plus importants, servait, avec ses vélums tendus contre le soleil, quand tout le monde était arrivé, de salle à manger pour goûter, et repartait le soir reconduire ceux qu’il avait amenés. Luxe charmant, mais si coûteux que c’était en partie afin de parer aux dépenses qu’il entraînait que Mme de Cambremer avait cherché à augmenter ses revenus de différentes façons, et notamment en louant, pour la première fois, une de ses propriétés, fort différente de Féterne : la Raspelière  (SG 767/164).
(9) Mais Mme de Cambremer était surtout occupée à examiner les changements que les Verdurin avaient apportés à la Raspelière, afin de pouvoir en critiquer certains, en importer à Féterne d’autres, ou peut-être les mêmes. « Je me demande ce que c’est que ce lustre qui s’en va tout de traviole. J’ai peine à reconnaître ma vieille Raspelière », ajouta-t-elle d’un air familièrement aristocratique, comme elle eût parlé d’un serviteur dont elle eût prétendu moins désigner l’âge que dire qu’il l’avait vu naître. Et comme elle était un peu livresque dans son langage : « Tout de même, ajouta-t-elle à mi-voix, il me semble que, si j’habitais chez les autres, j’aurais quelque vergogne à tout changer ainsi  (SG 923/314).
(10) Les relations des Cambremer ne tardèrent pas à être moins parfaites avec Mme Verdurin qu’avec moi, pour différentes raisons. Ils voulaient inviter celle-ci. La « jeune » marquise me disait dédaigneusement : « Je ne vois pas pourquoi nous ne l’inviterions pas, cette femme ; à la campagne on voit n’importe qui, ça ne tire pas à conséquence. » Mais, au fond, assez impressionnés, ils ne cessaient de me consulter sur la façon dont ils devaient réaliser leur désir de politesse  (SG 1088/474).
(11) Mme de Cambremer nous nomma à sa belle-fille. Celle-ci, qui se montrait glaciale avec les petits nobliaux que le voisinage de Féterne la forçait à fréquenter, si pleine de réserve de crainte de se compromettre, me tendit au contraire la main avec un sourire rayonnant, mise comme elle était en sûreté et en joie devant un ami de Robert de Saint–Loup et que celui-ci, gardant plus de finesse mondaine qu’il ne voulait le laisser voir, lui avait dit très lié avec les Guermantes. Telle, au rebours de sa belle-mère, Mme de Cambremer avait-elle deux politesses infiniment différentes. C’est tout au plus la première, sèche, insupportable, qu’elle m’eût concédée si je l’avais connue par son frère Legrandin. Mais pour un ami des Guermantes elle n’avait pas assez de sourires  (SG 807/202).
(12) Mais Mme de Cambremer –Legrandin restait une partie de l’année en province. Même à Paris, malade, elle vivait beaucoup dans sa chambre. Il est vrai que l’inconvénient pouvait surtout s’en faire sentir dans le choix des expressions que Mme de Cambremer croyait à la mode et qui eussent convenu plutôt au langage écrit, nuance qu’elle ne discernait pas, car elle les tenait plus de la lecture que de la conversation  (SG 817/211).
(13) Voilà les Cambremer ancrés dans ce clan des Guermantes où ils n’espéraient pas pouvoir jamais planter leur tente; de plus, la petite, adoptée par M. de Charlus, aura beaucoup d’argent, ce qui était indispensable depuis que les Cambremer ont perdu le leur ;…(Fug 658/238).
(14) Il paraît que c’est la princesse de Parme qui a fait le mariage du petit Cambremer « , me dit maman. Et c’était vrai. La princesse de Parme connaissait depuis longtemps, par les œuvres, d’une part Legrandin qu’elle trouvait un homme distingué, de l’autre Mme de Cambremer qui changeait la conversation quand la princesse lui demandait si elle était bien la sœur de Legrandin. La princesse savait le regret qu’avait Mme de Cambremer d’être restée à la porte de la haute société aristocratique, où personne ne la recevait. Quand la princesse de Parme, qui s’était chargée de trouver un parti pour Mlle d’Oloron, demanda à M. de Charlus s’il savait qui était un homme aimable et instruit qui s’appelait Legrandin de Méséglise (c’était ainsi que se faisait appeler maintenant Legrandin), le baron répondit d’abord que non, puis tout d’un coup un souvenir lui revint d’un voyageur avec qui il avait fait connaissance en wagon, une nuit, et qui lui avait laissé sa carte  (Fug 664/244).
(15) Et même les Cambremer, de maison si ancienne et de prétentions si modestes, eussent été les premiers à oublier Jupien et à se souvenir seulement des grandeurs inouïes de la maison d’Oloron, si une exception ne s’était produite en la personne qui eût dû être le plus flattée de ce mariage, la marquise de Cambremer-Legrandin. Mais, méchante de nature, elle faisait passer le plaisir d’humilier les siens avant celui de se glorifier elle-même. Aussi, n’aimant pas son fils, et ayant tôt fait de prendre en grippe sa future belle-fille, déclara-t-elle qu’il était malheureux pour un Cambremer d’épouser une personne qui sortait on ne savait d’où, en somme, et avait des dents si mal rangées  (Fug 663/243).
(16) Mme de Cambremer elle-même devint assez indifférente à l’amabilité de la duchesse de Guermantes. Celle-ci, obligée de fréquenter la marquise, s’était aperçue, comme il arrive chaque fois qu’on vit davantage avec des êtres humains, c’est-à-dire mêlés de qualités qu’on finit par découvrir et de défauts auxquels on finit par s’habituer, que Mme de Cambremer était une femme douée d’une intelligence et pourvue d’une culture que, pour ma part, j’appréciais peu, mais qui parurent remarquables à la duchesse. Elle vint donc souvent, à la tombée du jour, voir Mme de Cambremer et lui faire de longues visites. Mais le charme merveilleux que celle-ci se figurait exister chez la duchesse de Guermantes s’évanouit dès qu’elle s’en vit recherchée, et elle la recevait plutôt par politesse que par plaisir  (Fug 667/247).
(17) Tu connais aussi bien « que moi Cancan. « Je lui répondis que je le connaissais en effet et sa femme aussi, que je ne les appréciais qu’à demi. Mais j’étais tellement habitué depuis que je les avais vus pour la première fois à considérer la femme comme une personne malgré tout remarquable, connaissant à fond Schopenhauer et ayant accès en somme dans un milieu intellectuel qui était fermé à son grossier époux, que je fus d’abord étonné d’entendre Saint-Loup répondre : « Sa femme est idiote, je te l’abandonne. Mais lui est un excellent homme qui était doué et qui est resté fort agréable. « Par l' »idiotie » de la femme, Saint-Loup entendait sans doute le désir éperdu de celle-ci de fréquenter le grand monde, ce que le grand monde juge le plus sévèrement  (TR 739/46).

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