Guermantes (Duchesse Oriane de)

Oriane - ROriane de Guermantes d’après David Richardson

Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche 

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

876

28

5

486

124

61

62

110

Modèles possibles : comtesse Greffulhe ; comtesse Jean de Castellane née Dorothée de Talleyrand-Périgord ; Mme Straus ; comtesse de Chevigné

Oriane de Guermantes, Princesse des Laumes à sa naissance, devient duchesse de Guermantes à la mort de son beau-père. Elle est l’épouse de Basin de Guermantes et la cousine du prince et de la princesse de Guermantes. C’est une belle femme, grande, blonde aux yeux bleus. Spontanée et naturelle elle a un esprit brillant et impressionne son entourage par sa personnalité affirmée. Trompée depuis le premier jour par son mari qui collectionne les conquêtes, elle fait bonne figure auprès de son entourage qui ne réalise peut-être pas les avanies qu’elle doit subir.

Le narrateur encore enfant brûle de connaître la duchesse qui a une propriété près de Combray. Il a enfin l’occasion de l’apercevoir dans l’église de Combray lors du mariage de la fille du docteur Percepied. Malgré quelques petites réserves de détail, il est enthousiaste (1). Swann lui aussi est impressionné par la duchesse et rêve de pouvoir un jour lui présenter sa femme Odette et sa fille Gilberte (2).

Les parents du narrateur emménagent dans un appartement qui fait partie de l’hôtel particulier des Guermantes à Paris (3) La duchesse de Guermantes mène une vie mondaine brillante qui impressionne le narrateur de plus en plus amoureux d’elle (4). Il surveille ses moindres déplacements, relève les heures de ses promenades quotidiennes afin de se trouver sur son chemin et espérer un regard d’elle. Le seul fait de l’entrevoir lui procure une intense satisfaction (5). Parfois son imagination vagabonde et ses rêves l’amènent à envisager des situations improbables (6).

Le narrateur devenu l’ami de Robert de Saint-Loup qui est le neveu de la duchesse, lui demande de parler de lui à sa tante (7).

La duchesse peut se montrer très critique et méchante avec son entourage ainsi, dans un salon, elle n’hésite pas à comparer Mme de Cambremer à une vache (8).

Un jour, enfin, lors d’une réception chez la Princesse de VilleparisisSaint-Loup  présente le narrateur à la duchesse avec laquelle il peut enfin échanger quelques mots (9) et, paradoxalement, c’est à partir de ce moment que son attirance pour elle disparaît, à la grande satisfaction de sa mère qui jugeait l’attitude de son fils ridicule (10). A l’inverse et curieusement, c’est à partir de ce moment-là également que la duchesse prête attention au narrateur (11).

Le Duc de Guermantes se montre dur envers sa femme et la trompe sans vergogne. Celle-ci accepte cette situation allant parfois jusqu’à demander à être présentée à sa concurrente. Il lui arrive même de s’en faire une alliée (12).

Le narrateur devenu ami avec la duchesse constate combien elle peut se montrer cruelle avec son entourage et semble même y prendre un certain plaisir. Ainsi, un jour, sachant qu’un de ses valets de pied a rendez-vous le lendemain avec sa fiancée, elle le charge d’une mission parfaitement inutile pour le simple plaisir de contrarier son projet (13).

Très intime avec Swann, elle lui fait cependant quelques reproches, celui d’être dreyfusard, celui d’avoir épousé Odette et peut-être aussi celui d’être juif. Swann gravement malade et qui sait qu’il va mourir lui demande d’accepter qu’il lui présente sa femme et sa fille mais elle lui refuse ce dernier plaisir et explique au narrateur ses raisons (14).

Dans le Temps retrouvé, on constate que les jeunes générations tiennent la duchesse de Guermantes pour peu de chose. On lui reproche de fréquenter des actrices et de faire montre d’un esprit fantasque. Seules les personnes de sa génération conservent pour elle toute leur considération (15). En prenant de l’âge elle a perdu une partie de la vivacité d’esprit qui faisait sa renommée et bien souvent ses bons mots jadis si célèbres et recherchés tombent à plat  (16). Elle continue de souffrir de l’attitude de son mari qui, si en raison de son âge a cessé de la tromper, s’est entiché de Mme de Forcheville jadis Odette Swann (17)

Elle n’a jamais apprécié de se retrouver cousine avec Mme Verdurin qui a épousé le Prince de Guermantes devenu veuf (18), par ailleurs elle éprouve du mépris pour Gilberte de Saint-Loup, la fille d’Odette Swann  (19).

(1)

Et mes regards s’arrêtant à ses cheveux blonds, à ses yeux bleus, à l’attache de son cou et omettant les traits qui eussent pu me rappeler d’autres visages, je m’écriais devant ce croquis volontairement incomplet : « Qu’elle est belle ! Quelle noblesse ! Comme c’est bien une fière Guermantes, la descendante de Geneviève de Brabant, que j’ai devant moi ! » Et l’attention avec laquelle j’éclairais son visage l’isolait tellement, qu’aujourd’hui si je repense à cette cérémonie, il m’est impossible de revoir une seule des personnes qui y assistaient sauf elle et le suisse qui répondit affirmativement quand je lui demandai si cette dame était bien Mme de Guermantes (Swann 177/264).

(2)

Mais quand Swann dans ses heures de rêverie voyait Odette devenue sa femme, il se représentait invariablement le moment où il l’amènerait, elle et surtout sa fille, chez la princesse des Laumes, devenue bientôt la duchesse de Guermantes par la mort de son beau-père. Il ne désirait pas les présenter ailleurs, mais il s’attendrissait quand il inventait, en énonçant les mots eux-mêmes, tout ce que la duchesse dirait de lui à Odette, et Odette à Madame de Guermantes, la tendresse que celle-ci témoignerait à Gilberte, la gâtant, le rendant fier de sa fille (JF 470/42).

(3)

Dans la maison que nous étions venus habiter, la grande dame du fond de la cour était une duchesse, élégante et encore jeune. C’était Mme de Guermantes, et grâce à Françoise, je possédais assez vite des renseignements sur l’hôtel (Guer 16/10).

(4)

Cette villa, cette baignoire, où Mme de Guermantes transvasait sa vie, ne me semblaient pas des lieux moins féeriques que ses appartements. Les noms de Guise, de Parme, de Guermantes–Bavière, différenciaient de toutes les autres les villégiatures où se rendait la duchesse, les fêtes quotidiennes que le sillage de sa voiture reliaient à son hôtel. S’ils me disaient qu’en ces villégiatures, en ces fêtes consistait successivement la vie de Mme de Guermantes, ils ne m’apportaient sur elle aucun éclaircissement (Guer 35/29).

(5)

Tel jour, je venais de me promener de long en large dans la rue pendant des heures sans apercevoir Mme de Guermantes, quand tout d’un coup, au fond d’une boutique de crémier cachée entre deux hôtels dans ce quartier aristocratique et populaire, se détachait le visage confus et nouveau d’une femme élégante qui était en train de se faire montrer des « petits suisses » et, avant que j’eusse eu le temps de la distinguer, venait me frapper, comme un éclair qui aurait mis moins de temps à arriver à moi que le reste de l’image,… (Guer 62/55).

(6)

J’aimais vraiment Mme de Guermantes. Le plus grand bonheur que j’eusse pu demander à Dieu eût été de faire fondre sur elle toutes les calamités, et que ruinée, déconsidérée, dépouillée de tous les privilèges qui me séparaient d’elle, n’ayant plus de maison où habiter ni de gens qui consentissent à la saluer, elle vînt me demander asile (Guer 67/61).

 

(7)

Vous êtes trop gentil. Mais justement, voilà : Mme de Guermantes ne se doute pas que je vous connais, n’est-ce pas ?

—Je n’en sais rien ; je ne l’ai pas vue depuis l’été dernier puisque je ne suis pas venu en permission depuis qu’elle est rentrée.

—C’est que je vais vous dire, on m’a assuré qu’elle me croit tout à fait idiot.

—Cela, je ne le crois pas : Oriane n’est pas un aigle, mais elle n’est tout de même pas stupide.

—Vous savez que je ne tiens pas du tout en général à ce que vous publiez les bons sentiments que vous avez pour moi, car je n’ai pas d’amour-propre. Aussi je regrette que vous ayez dit des choses aimables sur mon compte à vos amis (que nous allons rejoindre dans deux secondes). Mais pour Mme de Guermantes, si vous pouviez lui faire savoir, même avec un peu d’exagération, ce que vous pensez de moi, vous me feriez un grand plaisir (Guer 101/93).

(8)

Je reconnais qu’elle [Mme de Cambremer] n’a pas l’air d’une vache, car elle a l’air de plusieurs, s’écria Mme de Guermantes. Je vous jure que j’étais bien embarrassée voyant ce troupeau de vaches qui entrait en chapeau dans mon salon et qui me demandait comment j’allais. D’un côté j’avais envie de lui répondre : « Mais, troupeau de vaches, tu confonds, tu ne peux pas être en relations avec moi puisque tu es un troupeau de vaches », et d’autre part, ayant cherché dans ma mémoire, j’ai fini par croire que votre Cambremer était l’infante Dorothée qui avait dit qu’elle viendrait une fois et qui est assez bovine aussi, de sorte que j’ai failli dire Votre Altesse royale et parler à la troisième personne à un troupeau de vaches (Guer 232/223).

(9)

Vous ne voulez pas que je vous donne une tasse de thé ou un peu de tarte, elle est très bonne, me dit Mme de Guermantes, désireuse d’avoir été aussi aimable que possible. Je fais les honneurs de cette maison comme si c’était la mienne, ajouta-t-elle sur un ton ironique qui donnait quelque chose d’un peu guttural à sa voix, comme si elle avait étouffé un rire rauque (Guer 263/254).

(10)

Sa  [duchesse de Guermantes] vue ne me causait plus aucun trouble. Un certain jour, m’imposant les mains sur le front (comme c’était son habitude quand elle avait peur de me faire de la peine), en me disant : « Ne continue pas tes sorties pour rencontrer Mme de Guermantes, tu es la fable de la maison. D’ailleurs, vois comme ta grand’mère est souffrante, tu as vraiment des choses plus sérieuses à faire que de te poster sur le chemin d’une femme qui se moque de toi », d’un seul coup, comme un hypnotiseur qui vous fait revenir du lointain pays où vous vous imaginiez être, et vous rouvre les yeux, ou comme le médecin qui, vous rappelant au sentiment du devoir et de la réalité, vous guérit d’un mal imaginaire dans lequel vous vous complaisiez, ma mère m’avait réveillé d’un trop long songe (Guer 370/360).

(11)

Pourquoi ne venez-vous jamais me voir ? me dit Mme de Guermantes quand Mme de Villeparisis se fut éloignée pour féliciter les artistes et remettre à la diva un bouquet de roses dont la main qui l’offrait faisait seule tout le prix, car il n’avait coûté que vingt francs. (C’était du reste son prix maximum quand on n’avait chanté qu’une fois. Celles qui prêtaient leur concours à toutes les matinées et soirées recevaient des roses peintes par la marquise.)C’est ennuyeux de ne jamais se voir que chez les autres. Puisque vous ne voulez pas dîner avec moi chez ma tante, pourquoi ne viendriez-vous pas dîner chez moi ? (Guer 374/364).

(12)

Mais ce cas était le plus rare; d’ailleurs, quand le jour de la présentation arrivait enfin (à un moment où elle était d’ordinaire déjà assez indifférente au duc, dont les actions, comme celles de tout le monde, étaient plus souvent commandées par les actions antérieures, dont le mobile premier n’existait plus) il se trouvait souvent que ç‘avait été Mme de Guermantes qui avait cherché à recevoir la maîtresse en qui elle espérait et avait si grand besoin de rencontrer, contre son terrible époux, une précieuse alliée (Guer 459/445).

(13)

—J’ai en effet rapporté quelques belles pièces. Je me permettrai d’envoyer demain à la duchesse une douzaine de faisans.Une idée sembla passer dans les yeux de Mme de Guermantes. Elle insista pour que M. de Grouchy ne prît pas la peine d’envoyer les faisans. Et faisant signe au valet de pied fiancé, avec qui j’avais causé en quittant la salle des Elstir :

Poullein, dit-elle, vous irez chercher les faisans de M. le comte et vous les rapporterez de suite, car, n’est-ce pas, Grouchy, vous permettez que je fasse quelques politesses ? Nous ne mangerons pas douze faisans à nous deux, Basin et moi.

—Mais après-demain serait assez tôt, dit M. de Grouchy.

—Non, je préfère demain, insista la duchesse.

Poullein était devenu blanc; son rendez-vous avec sa fiancée était manqué. Cela suffisait pour la distraction de la duchesse qui tenait à ce que tout gardât un air humain.

—Je sais que c’est votre jour de sortie, dit-elle à Poullein, vous n’aurez qu’à changer avec Georges qui sortira demain et restera après-demain.

Mais le lendemain la fiancée de Poullein ne serait pas libre. Il lui était bien égal de sortir. Dès que Poullein eut quitté la pièce, chacun complimenta la duchesse de sa bonté avec ses gens.

—Mais je ne fais qu’être avec eux comme je voudrais qu’on fût avec moi (Guer 483/468).

(14)

Mon Dieu, ça me fait une peine infinie qu’il soit malade, mais d’abord j’espère que ce n’est pas aussi grave que ça. Et puis enfin ce n’est tout de même pas une raison, parce que ce serait vraiment trop facile. Un écrivain sans talent n’aurait qu’à dire : « Votez pour moi à l’Académie parce que ma femme va mourir et que je veux lui donner cette dernière joie. » Il n’y aurait plus de salons si on était obligé de faire la connaissance de tous les mourants. Mon cocher pourrait me faire valoir : « Ma fille est très mal, faites-moi recevoir chez la princesse de Parme. » J’adore Charles, et cela me ferait beaucoup de chagrin de lui refuser, aussi est-ce pour cela que j’aime mieux éviter qu’il me le demande (SG 680/79).

(15)

De sorte que tandis que dans le monde politique et artistique on la tenait pour une créature mal définie, une sorte de défroquée du Faubourg St-Germain qui fréquente les sous-secrétaires d’état et les étoiles, dans ce même faubourg St-Germain, si on donnait une belle soirée, on disait : « Est-ce même la peine d’inviter Oriane, elle ne viendra pas. Enfin pour la forme, mais il ne faut pas se faire d’illusions ». Et si vers 10 h. 1/2, dans une toilette éclatante, paraissant, de ses yeux durs pour elles, mépriser toutes ses cousines, entrait Oriane qui s’arrêtait sur le seuil avec une sorte de majestueux dédain, et si elle restait une heure, c’était une plus grande fête pour la vieille grande dame qui donnait la soirée qu’autrefois pour un directeur de théâtre que Sarah Bernhardt qui avait vaguement promis un concours sur lequel on ne comptait pas, fût venue et eût, avec une complaisance et une simplicité infinies, récité au lieu du morceau promis, vingt autres (TR 959/265).

(16)

Mais à côté de cela, bien souvent il arrivait que cette parole pétillante sous un beau regard et qui pendant tant d’années avait tenu sous son sceptre spirituel les hommes les plus éminents de Paris, scintillât encore mais pour ainsi dire à vide. Quand le moment de placer un mot venait, elle s’interrompait pendant le même nombre de secondes qu’autrefois, elle avait l’air d’hésiter, de produire, mais le mot qu’elle lançait alors ne valait rien  (TR 1005/310).

(17)

Oui, cependant que tous les gens prétendus d’avant-garde comme ma nouvelle cousine », dit-elle en montrant ironiquement la princesse de Guermantes qui pour Oriane restait Mme Verdurin, « l’auraient [Rachel] laissé crever de faim sans daigner l’entendre, je l’avais trouvée intéressante et je lui avais fait offrir un cachet pour venir jouer chez moi devant tout ce que nous faisions de mieux comme gratin (TR 1012/317).

(18)

La vie de la duchesse ne laissait pas d’ailleurs d’être très malheureuse et pour une raison qui par ailleurs avait pour effet de déclasser parallèlement la société que fréquentait M. de Guermantes. Celui-ci qui depuis longtemps calmé par son âge avancé, et quoique il fût encore robuste, avait cessé de tromper Mme de Guermantes, s’était épris [Suite] de Mme de Forcheville sans qu’on sût bien les débuts de cette liaison (TR 1015/320).

(19)

C’est comme tout à l’heure quand je vous voyais causer avec Gilberte de Saint-Loup. Ce n’est pas digne de vous. Pour moi c’est exactement rien, cette femme là, ce n’est même pas une femme, c’est ce que je connais de plus factice et de plus bourgeois au  monde car, même à sa défense de l’actualité, la duchesse mêlait ses préjugés d’aristocrate (TR 1026/291).

 

 

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3 réflexions au sujet de « Guermantes (Duchesse Oriane de) »

  1. J’exprime les mêmes sentiments de remerciements a la persone qui a écrit le résumé de l’histoire de « Le côté de Guermandes ». Ici a Santiago du Chile.

  2. L’esprit de répartie et l’ironie mordante (« Taquin le Superbe », n’est-ce pas … ) que Proust a conféré à cette belle Oriane de Guermantes (dont le narrateur nous dit qu’elle a les yeux couleur de myosotis) auraient été inspirés par l’esprit subtilement moqueur dont certains membres de la famille Mortemart-Rochechouart -une famille bien réelle de la grande aristocratie, celle-là- étaient réputés posséder aux XVIIème et XVIIIème siècles. Il me semble d’ailleurs que le duc de Saint-Simon fait allusion à ce fameux esprit Mortemart dans ses délectables « Mémoires ».

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