Guermantes (Duc Basin de)

 

Guermantes Basin xDuc de Guermantes d’après David Richardson

Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

368

6

4

186

75

16

33

42

Modèles possibles : le comte Henry Greffulhe ; Charles Haas

Il s’appelait prince des Laumes avant d’hériter de son titre de Duc à la mort de son père. Mari d’Oriane, il est le frère de Charlus et de la Comtesse de Marsantes et le cousin du prince de Guermantes. C’est un homme à la forte corpulence et au sourcil jupitérien qui fait preuve d’une certaine rudesse mais peut se montrer d’une grande délicatesse.

Conscient de son appartenance à la haute aristocratie il aime se montrer hautain avec les autres mais dans le même temps il use d’une manière de vivre simple (1). Il se lie d’amitié avec le père du narrateur qui habite avec sa famille un appartement loué dans l’hôtel particulier des Guermantes et le traite avec une condescendance pleine de bonhomie (2).

Il trompe régulièrement sa femme sans se cacher aucunement et fait souvent preuve de rudesse et de méchanceté avec elle cependant il lui reconnaît de nombreuses qualités qui font qu’il ne pourrait envisager de la quitter (3).

Un soir on vient annoncer au duc qui se prépare pour une soirée prometteuse qu’un de ses proches cousins vient de mourir. Le duc de Guermantes égoïste et jouisseur  nie l’évidence afin de ne pas gâcher sa soirée  (4). A peine de retour du bal, le duc prend conscience qu’il sera obligé de prendre le deuil dès le lendemain aussi décide-t-il d’anticiper son départ en cure. A son retour lui qui était connu pour son antisémitisme et ses convictions antidreyfusardes étonne tout le monde lorsqu’il il déclare que Dreyfus n’est pas coupable et sera acquitté. En fait il a changé d’avis après avoir fréquenté sur son lieu de cure trois jolies dames dont une princesse italiennes, toutes trois acquises à la cause de Dreyfus (5).

Le Duc de Guermantes souhaite être élu président du Jockey-Club. Imbu de sa personne et certain de son succès il oublie de faire campagne et c’est l’obscur Chaussepierre qui est élu. Basin aura beaucoup de mal à oublier cet outrage (6).

Bien plus tard, on le retrouve vieilli mais toujours en quête d’aventures féminines. Il s’est entiché de Mme de Forcheville (Odette). Cette liaison est mal perçue par son entourage et lui faire perdre à nouveau la présidence du Jockey (7). Sa femme Oriane est très affectée par cette dernière toquade.

 

(1) Mais si l’hôtel de Guermantes commençait pour moi à la porte de son vestibule, ses dépendances devaient s’étendre beaucoup plus loin au jugement du duc qui, tenant tous les locataires pour fermiers, manants, acquéreurs de biens nationaux, dont l’opinion ne compte pas, se faisait la barbe le matin en chemise de nuit à sa fenêtre, descendait dans la cour, selon qu’il avait plus ou moins chaud, en bras de chemise, en pyjama, en veston écossais de couleur rare, à longs poils, en petits paletots clairs plus courts que son veston, et faisait trotter en main devant lui par un de ses piqueurs quelque nouveau cheval qu’il avait acheté. Plus d’une fois même le cheval abîma la devanture de Jupien, lequel indigna le duc en demandant une indemnité. « Quand ce ne serait qu’en considération de tout le bien que madame la Duchesse fait dans la maison et dans la paroisse, disait M. de Guermantes, c’est une infamie de la part de ce quidam de nous réclamer quelque chose. » (Guer 31/25).
(2) Un jour que M. de Guermantes avait besoin d’un renseignement qui se rattachait à la profession de mon père, il s’était présenté lui-même avec beaucoup de grâce. Depuis il avait souvent quelque service de voisin à lui demander, et dès qu’il l’apercevait en train de descendre l’escalier tout en songeant à quelque travail et désireux d’éviter toute rencontre, le duc quittait ses hommes d’écuries, venait à mon père dans la cour, lui arrangeait le col de son pardessus, avec la serviabilité héritée des anciens valets de chambre du Roi, lui prenait la main, et la retenant dans la sienne, la lui caressant même pour lui prouver, avec une impudeur de courtisane, qu’il ne lui marchandait pas le contact de sa chair précieuse, il le menait en laisse, fort ennuyé et ne pensant qu’à s’échapper, jusqu’au delà de la porte cochère (Guer 33/27).
(3) D’autre part M. de Guermantes poursuivant un même type de beauté féminine, mais le cherchant dans des maîtresses souvent renouvelées, n’avait, une fois qu’ils les avait quittées, et pour se moquer d’elles, qu’une associée durable, identique, qui l’irritait souvent par son bavardage, mais dont il savait que tout le monde la tenait pour la plus belle, la plus vertueuse, la plus intelligente, la plus instruite de l’aristocratie, pour une femme que lui M. de Guermantes était trop heureux d’avoir trouvée, qui couvrait tous ses désordres, recevait comme personne, et maintenait à leur salon son rang de premier salon du faubourg Saint–Germain (Guer 472/457).
(4) Allons, mon petit, dépêchons-nous, dit M. de Guermantes à sa femme. Il est minuit moins le quart et le temps de nous costumer… » Il se heurta devant sa porte, sévèrement gardée par elles, aux deux dames à canne qui n’avaient pas craint de descendre nuitamment de leur cime afin d’empêcher un scandale. « Basin, nous avons tenu à vous prévenir, de peur que vous ne soyez vu à cette redoute : le pauvre Amanien vient de mourir, il y a une heure. » Le duc eut un instant d’alarme. Il voyait la fameuse redoute s’effondrer pour lui du moment que, par ces maudites montagnardes, il était averti de la mort de M. d’Osmond. Mais il se ressaisit bien vite et lança aux deux cousines ce mot où il faisait entrer, avec la détermination de ne pas renoncer à un plaisir, son incapacité d’assimiler exactement les tours de la langue française : « Il est mort ! Mais non, on exagère, on exagère ! » Et sans plus s’occuper des deux parentes qui, munies de leurs alpenstocks, allaient faire l’ascension dans la nuit, il se précipita aux nouvelles en interrogeant son valet de chambre : « Mon casque est bien arrivé  » (SG 725/122).
(5) M. de Guermantes, à peine rentré de la redoute, encore coiffé de son casque, songeait que le lendemain il serait bien forcé d’être officiellement en deuil, et décida d’avancer de huit jours la cure d’eaux qu’il devait faire. Quand il en revint trois semaines après (et pour anticiper, puisque je viens seulement de finir ma lettre à Gilberte), les amis du duc qui l’avaient vu, si indifférent au début, devenir un antidreyfusard forcené, restèrent muets de surprise en l’entendant (comme si la cure n’avait pas agi seulement sur la vessie) leur répondre : « Hé bien, le procès sera révisé et il sera acquitté ; on ne peut pas condamner un homme contre lequel il n’y a rien. Avez-vous jamais vu un gaga comme Froberville  »  (SG 740/137).
(6) Le jour de l’élection, à la surprise générale, l’obscurité triompha de l’éblouissement : Chaussepierre, deuxième vice-président, fut nommé président du Jockey, et le duc de Guermantes resta sur le carreau, c’est-à-dire premier vice-président. Certes, être président du Jockey ne représente pas grand’chose à des princes de premier rang comme étaient les Guermantes. Mais ne pas l’être quand c’est votre tour, se voir préférer un Chaussepierre, à la femme de qui Oriane, non seulement ne rendait pas son salut deux ans auparavant, mais allait jusqu’à se montrer offensée d’être saluée par cette chauve-souris inconnue, c’était dur pour le duc (Pris 39/33).
(7) Cette liaison avec Mme de Forcheville, liaison qui n’était qu’une imitation de ses liaisons plus anciennes, venait de faire perdre au duc de Guermantes pour la deuxième fois, la possibilité de la Présidence du Jockey et un siège de membre libre à l’Académie des Beaux-Arts, comme la vie de M. de Charlus, publiquement associée à celle de Jupien lui avait fait manquer la présidence de l’Union et celle aussi de la Société des amis du vieux Paris. Ainsi les deux frères si différents dans leurs goûts étaient arrivés à la déconsidération à cause d’une même paresse, d’un même manque de volonté, lequel était sensible mais agréablement chez le duc de Guermantes leur grand-père, membre de l’Académie française mais qui chez les deux petits fils, avait permis à un goût naturel et à un autre qui passe pour ne l’être pas, de les désocialiser (TR 1016/321).

 

 

Une réflexion au sujet de « Guermantes (Duc Basin de) »

  1. Merci pour ce travail. Je recommence la lecture de La recherche, et vous me rendez un fier service en me remémorant avec précision les liens entre les Guermantes et la famille du petit Marcel.

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