Cambremer (Marquis de) dit Cancan

Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

139

 

6

 

108

6

10

9

Gentilhomme normand, marié à la sœur de Monsieur Legrandin. Il a beaucoup moins de personnalité que sa mère et que sa femme et le reconnaît volontiers (1). Sa femme l’appelle souvent Cancan (surnom qui lui avait été donné par ses camarades de régiment) (2). C’est un homme fort laid. Le portrait qui en est fait est à la fois drôle et cruel (3). Homme riche mais dépensier, il possède plusieurs propriétés dont la Raspelière, proche de Balbec, qu’il loue aux Verdurin. Il a l’occasion d’y être invité (4). Farouchement antidreyfusard, il fait l’éloge d’un colonel juif par pure courtoisie envers le narrateur (5).
Après une longue absence due à la maladie, le narrateur se rend à  une matinée des Guermantes et est très surpris de l’aspect physique de M. de Cambremer qui a beaucoup vieilli (6).
(1)
M de Cambremer savait que c’était une si grande joie pour elle qu’il en était lui-même attendri, et qu’il regarda sa femme d’un air qui signifiait  « Vous êtes contente de vous être décidée à venir, n’est-ce pas ? » Il parlait du reste fort peu, sachant qu’il avait épousé une femme supérieure. « Moi, indigne », disait-il à tout moment, et citait volontiers une fable de La Fontaine et une de Florian qui lui paraissaient s’appliquer à son ignorance, et, d’autre part, lui permettre, sous les formes d’une dédaigneuse flatterie, de montrer aux hommes de science qui n’étaient pas du Jockey qu’on pouvait chasser et avoir lu des fables. Le malheur est qu’il n’en connaissait guère que deux. Aussi revenaient-elles souvent.(SG 916/307).
(2) « Mon Dieu, me dit Mme de Cambremer –Legrandin, je crois que ma belle-mère s’attarde un peu trop, elle oublie que nous avons à dîner mon oncle de Ch’nouville. Et puis Cancan n’aime pas attendre. » Cancan me resta incompréhensible, et je pensai qu’il s’agissait peut-être d’un chien. (SG 818/213).
(3)
M de Cambremer ne ressemblait guère à la vieille marquise. Il était, comme elle le disait avec tendresse, « tout à fait du côté de son papa ». Pour qui n’avait entendu que parler de lui, ou même de lettres de lui, vives et convenablement tournées, son physique étonnait. Sans doute devait-on s’y habituer. Mais son nez avait choisi, pour venir se placer de travers au-dessus de sa bouche, peut-être la seule ligne oblique, entre tant d’autres, qu’on n’eût eu l’idée de tracer sur ce visage, et qui signifiait une bêtise vulgaire, aggravée encore par le voisinage d’un teint normand à la rougeur de pommes. Il est possible que les yeux de M de Cambremer gardassent dans leurs paupières un peu de ce ciel du Cotentin, si doux par les beaux jours ensoleillés, où le promeneur s’amuse à voir, arrêtées au bord de la route, et à compter par centaines les ombres des peupliers, mais ces paupières lourdes, chassieuses et mal rabattues, eussent empêché l’intelligence elle-même de passer. Aussi, décontenancé par la minceur de ce regard bleu, se reportait-on au grand nez de travers. Par une transposition de sens, M de Cambremer vous regardait avec son nez. Ce nez de M de Cambremer n’était pas laid, plutôt un peu trop beau, trop fort, trop fier de son importance. Busqué, astiqué, luisant, flambant neuf, il était tout disposé à compenser l’insuffisance spirituelle du regard ; malheureusement, si les yeux sont quelquefois l’organe où se révèle l’intelligence, le nez (quelle que soit d’ailleurs l’intime solidarité et la répercussion insoupçonnée des traits les uns sur les autres), le nez est généralement l’organe où s’étale le plus aisément la bêtise. (SG 912/304).
(4)
M. de Cambremer était naïvement heureux de revoir des lieux où il avait vécu si longtemps. « Je me retrouve », dit-il à Mme Verdurin, tandis que son regard s’émerveillait de reconnaître les peintures de fleurs en trumeaux au-dessus des portes, et les bustes en marbre sur leurs hauts socles. (SG 917/309).
(5)
Du sermon que m’avait adressé Brichot, M de Cambremer avait conclu que j’étais dreyfusard. Comme il était aussi antidreyfusard que possible, par courtoisie pour un ennemi il se mit à me faire l’éloge d’un colonel juif, qui avait toujours été très juste pour un cousin des Chevrigny et lui avait fait donner l’avancement qu’il méritait. « Et mon cousin était dans des idées absolument opposées », dit M de Cambremer, glissant sur ce qu’étaient ces idées, mais que je sentis aussi anciennes et mal formées que son visage, des idées que quelques familles de certaines petites villes devaient avoir depuis bien longtemps. (SG 965/355).
(6) Mais un instant il tourna à demi la tête. Et alors je vis qu’il était rendu méconnaissable par l’adjonction d’énormes poches rouges aux joues qui l’empêchaient d’ouvrir complètement la bouche et les yeux, si bien que je restais hébété, n’osant regarder cette sorte d’anthrax dont il me semblait plus convenable qu’il me parlât le premier. Mais comme en malade courageux il n’y faisait pas allusion et riait, j’avais peur d’avoir l’air de manquer de cœur en ne lui demandant pas, de tact, en lui demandant ce qu’il avait. (TR 933/239).

 

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