Morel (Charles)

Charles MorelMorel d’après David Richardson

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

514

   

10

236

198

6

64

Modèles possibles : Pétain, un des musiciens appartenant à un ensemble venu interpréter au domicile de l’auteur les quatuors de Franck et de Fauré ; Henri Rochat, serveur au Ritz puis secrétaire de Proust ; le musicien Léon Delafosse

C’est un garçon ambitieux qui rappelle pour beaucoup Lucien de Rubempré (personnage de Comédie humaine de Balzac) en moins poétique et plus veule. Excellent musicien, il est régulièrement invité chez les Verdurin pour y jouer du violon. Le Baron Charlus tombe amoureux de lui mais Morel lui sera infidèle et le fera beaucoup souffrir.

Il est le fils du valet de chambre du grand-oncle du narrateur, Adolphe, mais ne respecte en rien les conventions sociales de l’époque. Après la mort de ce dernier, Morel vient voir le narrateur pour lui remettre les photos de ses nombreuses conquêtes amoureuses (1) et lui demander de le présenter à la fille de Jupien en taisant ses origines humbles (2).

Beaucoup plus tard, alors que le narrateur se rend en chemin de fer à Doncières pour assister à une soirée chez les Verdurin, il est surpris de rencontrer à la gare Morel qui se rend également chez les Verdurin pour y jouer du violon. Charlus présent ne cache pas qu’il est séduit par le jeune homme (3).

Le jeune musicien devient le protégé de Mme Verdurin et de Charlus qui ne le quittent plus (4). Sans aucun scrupule, Morel n’hésite pas à voler son amant et protecteur et à le tromper à la première occasion (5). Bisexuel, le jeune homme parle des femmes avec cynisme (6).

Il entretient des relations tumultueuses avec Charlus et fait souvent preuve de cruauté se souciant le moins du monde du désespoir qu’il occasionne chez son ami (7) 

Le prince de Guermantes de passage sur la côte normande offre cinquante francs à Morel pour passer la nuit avec lui. Charlus a vent de l’infidélité de Morel (sans savoir d’ailleurs que c’est avec le prince de Guermantes, son cousin) et imagine un piège qu’il va tendre avec l’aide de Jupien (8).

Morel attiré par la nièce de Jupien décide de l’épouser. Charlus est séduit par cette idée qu’il encourage même. La future épousée follement amoureuse est totalement consentante (9) mais les motivations de Morel sont troubles et davantage justifiées par le goût de l’argent et du sexe que par des sentiments réels (10) et la nièce de Jupien découvre peu à peu le vrai visage de Morel  (11) qui la traite de manière insultante (12). Finalement elle renonce à lui tout en souffrant car elle l’aime toujours.

Morel continue de fréquenter le salon des Verdurin qui restent de fidèles admirateurs et ne tolèrent pas que le musicien fasse l’objet de critiques (13).

Pressée par l’interrogatoire pressant du narrateur, Andrée lui révèle que Morel a été l’artisan de la débauche d’Albertine (14).

Robert de Saint-Loup à son tour est séduit par Morel qui en profite pour lui soutirer de l’argent  (15).

Morel continue d’éprouver une haine tenace pour Charlus. Les deux hommes ne se voient plus. Cependant, ils se rencontrent accidentellement pendant la guerre et Morel refuse de répondre aux avances de Charlus et se montre grossier avec lui. Il est vrai qu’il vit depuis deux ans avec une femme dont il est très épris. (16)

Dans une lettre écrite par Charlus au narrateur (?) mais jamais envoyée, Charlus déclare qu’il a tellement souffert de l’infidélité de Morel qu’il avait l’intention de le tuer. Heureusement Morel qui avait deviné son noir dessein avait refusé ses rendez-vous (17).

Durant la guerre, Morel est mobilisé. Il déserte et est arrêté. Lors de son procès, il déclare à ses juges qu’il a déserté parce que il a été mis sur la mauvaise voie par certaines personnes de mauvais conseil parmi lesquelles le Baron de Charlus. Saint-Loup intercède auprès de l’armée en faveur de Morel (18).

Dans le temps retrouvé, on retrouve Morel devenu un personnage respecté et considéré comme un homme possédant une haute moralité (19).

(1)

Donc, quelques jours avant cette visite, j’en avais reçu une à laquelle je ne m’attendais guère, celle de Charles Morel, le fils, inconnu de moi, de l’ancien valet de chambre de mon grand-oncle. Ce grand-oncle (celui chez lequel j’avais vu la dame en rose) était mort l’année précédente…

Il tint du reste, dès l’abord, à couper le câble avec la domesticité d’où il sortait, en m’apprenant avec un sourire satisfait qu’il était premier prix du Conservatoire (Guer 264/254).

(2)

Au reste, Charles Morel semblait avoir, à côté de l’ambition, un vif penchant vers des réalités plus concrètes. Il avait remarqué dans la cour la nièce de Jupien en train de faire un gilet et, bien qu’il me dît seulement avoir justement besoin d’un gilet « de fantaisie », je sentis que la jeune fille avait produit une vive impression sur lui. Il n’hésita pas à me demander de descendre et de la présenter, « mais par rapport à votre famille, vous m’entendez, je compte sur votre discrétion quant à mon père, dites seulement un grand artiste de vos amis, vous comprenez, il faut faire bonne impression aux commerçants ». (Guer 266/256).

(3)

M. de Charlus ne connaissait pas le moins du monde Morel, ni Morel M. de Charlus, lequel, ébloui mais aussi intimidé par un militaire qui ne portait pourtant que des lyres, m’avait requis, dans son émotion, pour lui amener celui qu’il ne soupçonnait pas que je connusse. En tout cas l’offre des 500 francs avait dû remplacer pour Morel l’absence de relations antérieures, car je les vis qui continuaient à causer sans penser qu’ils étaient à. côté de notre tram. Et me rappelant la façon dont M. de Charlus était venu vers Morel et moi, je saisissais sa ressemblance avec certains de ses parents quand ils levaient une femme dans la rue. Seulement l’objet visé avait changé de sexe (SG 862/256).

(4)

Je voudrais bien être à sa place, dit Morel que son service militaire ennuyait.—Ah ! le mauvais patriote, s’écria M. de Charlus, qui ne put se retenir de pincer l’oreille au violoniste.—Non, vous ne savez pas pourquoi le roi de carreau est réformé ? reprit Cottard, qui tenait à ses plaisanteries, c’est parce qu’il n’a qu’un oeil.—Vous avez affaire à forte partie, docteur, dit M. de Cambremer pour montrer à Cottard qu’il savait qui il était.—Ce jeune homme est étonnant, interrompit naïvement M. de Charlus, en montrant Morel. Il joue comme un dieu. » (SG 964/354).

(5)

Ce que malheureusement j’ignorais à ce moment-là et que je n’appris que plus de deux ans après, c’est qu’un des clients du chauffeur était M. de Charlus, et que Morel, chargé de le payer et gardant une partie de l’argent pour lui (en faisant tripler et quintupler par le chauffeur le nombre des kilomètres), s’était beaucoup lié avec lui (tout en ayant l’air de ne pas le connaître devant le monde) et usait de sa voiture pour des courses lointaines (SG 1006/394).

(6)

« A quoi cela te servirait-il ? Si tu prenais son pucelage, tu serais bien obligé de l’épouser.—L’épouser ? s’écria Morel, qui sentait le baron grisé ou bien qui ne songeait pas à l’homme, en somme plus scrupuleux qu’il ne croyait, avec lequel il parlait ; l’épouser ? Des nèfles ! Je le promettrais, mais, dès la petite opération menée à bien, je la plaquerais le soir même. » (SG 1008/396).

(7)

Mon indignation fut plus grande quand, en arrivant à la maison où logeait Morel, je reconnus la voix du violoniste, lequel, par le besoin qu’il avait d’épandre de la gaîté, chantait de tout coeur : « Le samedi soir, après le turrbin ! » Si le pauvre M. de Charlus l’avait entendu, lui qui voulait qu’on crût, et croyait sans doute, que Morel avait en ce moment le coeur gros ! Charlie se mit à danser de plaisir en m’apercevant (SG 1065/452).

(8)

Une fois ce ne fut ni l’un ni l’autre, mais le prince de Guermantes qui, venu passer quelques jours sur cette côte pour rendre visite à la duchesse de Luxembourg, rencontra le musicien, sans savoir qui il était, sans être davantage connu de lui, et lui offrit cinquante francs pour passer la nuit ensemble dans la maison de femmes de Maineville ; double plaisir, pour Morel, du gain reçu de M. de Guermantes et de la volupté d’être entouré de femmes dont les seins bruns se montraient à découvert. Je ne sais comment M. de Charlus eut l’idée de ce qui s’était passé et de l’endroit, mais non du séducteur. Fou de jalousie, et pour connaître celui-ci, il télégraphia à Jupien, qui arriva deux jours après, et quand, au commencement de la semaine suivante, Morel annonça qu’il serait encore absent, le baron demanda à Jupien s’il se chargerait d’acheter la patronne de l’établissement et d’obtenir qu’on les cachât, lui et Jupien, pour assister à la scène (SG 1078/464).

(9)

Morel avait dit à M. de Charlus qu’il aimait la nièce de Jupien, voulait l’épouser, et il était doux au baron d’accompagner son jeune ami dans des visites où il jouait le rôle de futur beau-père, indulgent et discret. Rien ne lui plaisait mieux (Pris 47/40).

Rien ne plaisait mieux que l’idée de ce mariage au baron, lequel pensait qu’ainsi Morel ne lui serait pas enlevé. (Pris 49/42).

La passion de la jeune fille pour le violoniste ruisselait autour d’elle, comme ses cheveux quand ils étaient dénoués, comme la joie de ses regards répandus (Pris 52/45).

(10)

Comme, en dehors de son art, il était d’une incompréhensible paresse, la nécessité de se faire entretenir s’imposait et il aimait mieux que ce fût par la nièce de Jupien que par M. de Charlus, cette combinaison lui offrant plus de liberté, et aussi un grand choix de femmes différentes, tant par les apprenties toujours nouvelles, qu’il chargerait la nièce de Jupien de lui débaucher, que par les belles dames riches auxquelles il la prostituerait (Pris 50/44).

(11)

Elle avait découvert chez Morel (sans cesser de l’aimer pour cela) des profondeurs de méchanceté et de perfidie, d’ailleurs compensées par une douceur fréquente et une sensibilité réelle,… (Pris 67/59).

(12)

« Voulez-vous sortir, grand pied de grue, grand pied de grue, grand pied de grue  » répétait-il à la pauvre petite qui certainement, au début, n’avait pas compris ce qu’il voulait dire, puis qui, tremblante et fière, restait immobile devant lui. « Je vous ai dit de sortir, grand pied de grue, grand pied de grue ; allez chercher votre oncle pour que je lui dise ce que vous êtes, putain.  » (Pris 164/153).

(13)

« C’est bien rendu, hein ? demanda M. Verdurin à Saniette.
– Je crains seulement, répondit celui-ci en bégayant, que la virtuosité même de Morel n’offusque un peu le sentiment général de l’œuvre.
– Offusquer, qu’est-ce que vous voulez dire ? » hurla M. Verdurin tandis que des invités s’empressaient, prêts, comme des lions, à dévorer l’homme terrassé (Pris 265/253).

(14)

Elle [Albertine]avait rencontré chez Mme Verdurin un joli garçon, Morel. Tout de suite ils s’étaient compris. Il se chargeait, ayant d’elle la permission d’y prendre aussi son plaisir, car il aimait les petites novices, de lui en procurer. Sitôt qu’il les avait mises sur le mauvais chemin, il les laissait. Il se chargeait ainsi de plaire à de petites pêcheuses d’une plage éloignée, à de petites blanchisseuses, qui s’amourachaient d’un garçon mais n’eussent pas répondu aux avances d’une jeune fille. Aussitôt que la petite était bien sous sa domination, il la faisait venir dans un endroit tout à fait sûr, où il la livrait à Albertine. Par peur de perdre Morel, qui s’y mêlait du reste, la petite obéissait toujours, et d’ailleurs elle le perdait tout de même, car, par peur des conséquences et aussi parce qu’une ou deux fois lui suffisaient, il filait en laissant une fausse adresse. Il eut une fois l’audace d’en mener une, ainsi qu’Albertine, dans une maison de femmes à Corliville, où quatre ou cinq la prirent ensemble ou successivement  (Fug 599/180).

(15)

« Et ce qui était le plus déplaisant dans tout cela était encore l’amour-propre, car Saint-Loup était flatté d’être aimé par Gilberte, et sans oser dire que c’était Charlie qu’il aimait, donnait pourtant sur l’amour que le violoniste était censé avoir pour lui des détails qu’il savait bien exagérés sinon inventés de toute pièce, lui à qui Charlie demandait chaque jour plus d’argent (TR 703/9).

(16)

Pour Morel, son refus à l’égard de tout le monde, sans exception, en quoi M. de Charlus avait dit à son insu une vérité qui justifiait à la fois ses illusions et détruisait ses espérances, venait de ce que, deux ans après avoir quitté M. de Charlus, il s’était épris d’une femme avec laquelle il vivait et qui, ayant plus de volonté que lui, avait su lui imposer une fidélité absolue (TR 780/88)

(17)

C’est cette divine prudence qui l’a fait résister aux appels que je lui ai fait transmettre de revenir me voir, et je n’aurai de paix en ce monde et d’espoir de pardon dans l’autre, que si je vous en fais l’aveu. C’est lui qui a été en cela l’instrument de la Sagesse divine, car je l’avais résolu, il ne serait pas sorti de chez moi vivant. Il fallait que l’un de nous deux disparût. J’étais décidé à le tuer. Dieu lui a conseillé la prudence pour me préserver d’un crime. Je ne doute pas que l’intercession de l’Archange Michel, mon saint patron, n’ait joué là un grand rôle et je le prie de me pardonner de l’avoir tant négligé pendant plusieurs années et d’avoir si mal répondu aux innombrables bontés qu’il m’a témoignées tout spécialement dans ma lutte contre le mal (TR 805/113).

(18)

Morel le fut aussi parce que la lettre écrite à Saint-Loup par le général lui fut renvoyée avec cette mention, décédé, mort au champ d’honneur. Le général voulut faire pour le défunt que Morel fût simplement envoyé sur le front ; il s’y conduisit bravement, échappa à tous les dangers et revint la guerre finie avec la croix que M. de Charlus avait jadis vainement sollicitée pour lui et que lui valut indirectement la mort de Saint-Loup (TR 853/159).

(19)

Parmi les personnes présentes, se trouvait un homme considérable qui venait dans un procès fameux de donner un témoignage dont la seule valeur résidait dans sa haute moralité devant laquelle les juges et les avocats s’étaient unanimement inclinés et qui avait entraîné la condamnation de deux personnes. Aussi y eut-il un mouvement de curiosité et de déférence quand il entra. C’était Morel (TR 956/262).

 

 

 

 

 

 

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