Elstir

Elstir xElstir d’après David Richardson

Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

297

4

124

59

41

32

18

1

Modèles possibles : probablement des peintres impressionnistes tels que Claude Monet, Edouard Manet, Helleu 

Alors qu’il était encore peu connu, Elstir est reçu dans le salon des Verdurin sous le nom de Monsieur Biche ou TicheMadame Verdurin ne semble l’apprécier que moyennement et le traite avec peu d’égard et beaucoup de condescendance (1).

Peintre renommé il devient l’ami de Swann.  Le narrateur le rencontre pour la première fois à Balbec et est très impressionné (2). A l’occasion d’une visite à l’atelier du peintre, le narrateur découvre avec étonnement que le tableau de la femme dénudée réalisé par Elstir plusieurs années auparavant et baptisé Miss Sacripant n’est autre que le portrait d’Odette de Crécy, future madame Swann (3)

Le narrateur a noté que la bande de jeunes filles de Balbec a l’habitude de fréquenter l’atelier d’Elstir et il va donc tout faire  pour se faire présenter Albertine par le peintre (4).

Plus tard, c’est en allant dans les salons parisiens que le narrateur constate qu’Elstir a acquis une grande renommée.  Ses tableaux trônent dans les plus grands hôtels particuliers du faubourg Saint-Germain dont celui du duc de Guermantes qui possède de nombreuses toiles qui décorent ses salons. Le narrateur les découvre avec beaucoup de plaisir (5).

Ce n’est que plus tard encore que le narrateur apprend qu’Elstir a fait partie dans sa jeunesse et pendant un temps seulement, du petit clan de Madame Verdurin. Celle-ci n’en garde pas un bon souvenir (6). A son habitude Mme Verdurin tente de détruire le ménage Elstir, mais sans succès. Le peintre cesse alors de fréquenter le salon des Verdurin. Mme Verdurin fera tout pour faire revenir mais sans résultat (7). Le narrateur apprend également de la bouche de Brichot qu’Estir, au temps où il fréquentait le salon  des Verdurin, était un farceur invétéré et savait faire des plaisanteries qui ne plaisaient pas d’ailleurs à tout le monde (8).

(1)
Le peintre invita tout de suite Swann à venir avec Odette à son atelier, Swann le trouva gentil. « Peut-être qu’on vous favorisera plus que moi, dit Madame Verdurin, sur un ton qui feignait d’être piqué, et qu’on vous montrera le portrait de Cottard (elle l’avait commandé au peintre). Pensez bien, « monsieur » Biche, rappela-t-elle au peintre, à qui c’était une plaisanterie consacrée de dire monsieur, à rendre le joli regard, le petit côté fin, amusant, de l’œil. Vous savez que ce que je veux surtout avoir, c’est son sourire, ce que je vous ai demandé c’est le portrait de son sourire. Et comme cette expression lui sembla remarquable elle la répéta très haut pour être sûre que plusieurs invités l’eussent entendue,… (Swann 203/297).
(2)
Déjà deux ou trois fois dans le restaurant de Rivebelle, nous avions, Saint-Loup et moi, vu venir s’asseoir à une table quand tout le monde commençait à partir un homme de grande taille, très musclé, aux traits réguliers, à la barbe grisonnante, mais de qui le regard songeur restait fixé avec application dans le vide. Un soir que nous demandions au patron qui était ce dîneur obscur, isolé et retardataire : « Comment, vous ne connaissiez pas le célèbre peintre Elstir ? » nous dit-il. Swann avait une fois prononcé son nom devant moi, j’avais entièrement oublié à quel propos ; mais l’omission d’un souvenir, comme celui d’un membre de phrase dans une lecture, favorise parfois non l’incertitude, mais l’éclosion d’une certitude prématurée. « C’est un ami de Swann, et un artiste très connu, de grande valeur », dis-je à Saint-Loup. (JF 825/390).
(3)
J’aurais beaucoup aimé, si vous en possédiez, avoir une photographie du petit portrait de Miss Sacripant ! Mais qu’est-ce que c’est que ce nom  ? – C’est celui d’un personnage que tint le modèle dans une stupide petite opérette. – Mais vous savez que je ne la connais nullement, monsieur, vous avez l’air de croire le contraire. » Elstir se tut. « Ce n’est pourtant pas Mme Swann avant son mariage, dis-je par une de ces brusques rencontres fortuites de la vérité, qui sont somme toute assez rares, mais qui suffisent après coup à donner un certain fondement à la théorie des pressentiments si on prend soin d’oublier toutes les erreurs qui l’infirmeraient. Elstir ne me répondit pas. C’était bien un portrait d’Odette de Crécy. Elle n’avait pas voulu le garder pour beaucoup de raisons dont quelques-unes sont trop évidentes. (JF 860/423).
(4)
Quand j’arrivai chez Elstir, un peu plus tard, je crus d’abord que Mlle Simonet n’était pas dans l’atelier. Il y avait bien une jeune fille assise, en robe de soie, nu tête, mais de laquelle je ne connaissais pas la magnifique chevelure, ni le nez, ni ce teint et où je ne retrouvais pas l’entité que j’avais extraite d’une jeune cycliste se promenant coiffée d’un polo, le long de la mer. C’était pourtant Albertine. (JF 870/433).
(5)
En quittant le vestibule, j’avais dit à M. de Guermantes que j’avais un grand désir de voir ses Elstir. « Je suis à vos ordres, M. Elstir est-il donc de vos amis ? Je suis fort marri car je le connais un peu, c’est un homme aimable, ce que nos pères appelaient l’honnête homme, j’aurais pu lui demander de me faire la grâce de venir, et le prier à dîner. Il aurait certainement été très flatté de passer la soirée en votre compagnie. » (Guer 418/404).
Seulement une fois en tête à tête avec les Elstir, j’oubliai tout à fait l’heure du dîner; de nouveau comme à Balbec j’avais devant moi les fragments de ce monde aux couleurs inconnues qui n’était que la projection, la manière de voir particulière à ce grand peintre et que ne traduisaient nullement ses paroles. Les parties du mur couvertes de peintures de lui, toutes homogènes les unes aux autres, étaient comme les images lumineuses d’une lanterne magique laquelle eût été, dans le cas présent, la tête de l’artiste et dont on n’eût pu soupçonner l’étrangeté tant qu’on n’aurait fait que connaître l’homme, c’est-à-dire tant qu’on n’eût fait que voir la lanterne coiffant la lampe, avant qu’aucun verre coloré eût encore été placé. (Guer 419/405).
(6) Je crois bien, dis-je, c’est un effet qu’Elstir aime beaucoup. J’en ai vu plusieurs esquisses chez lui.- Elstir ! Vous connaissez Tiche ? s’écria Madame Verdurin. Mais vous savez que je l’ai connu dans la dernière intimité. Grâce au ciel je ne le vois plus. Non, mais demandez à Cottard, à Brichot, il avait son couvert mis chez moi, il venait tous les jours. En voilà un dont on peut dire que ça ne lui a pas réussi de quitter notre petit noyau. (SG 938/329).
(7)
Je ne reçois pas de gourgandines, Monsieur le Professeur », dit Madame Verdurin, qui avait, au contraire, fait tout ce qu’elle avait pu pour faire revenir Elstir, même avec sa femme. Mais avant qu’ils fussent mariés elle avait cherché à les brouiller, elle avait dit à Elstir que la femme qu’il aimait était bête, sale, légère, avait volé. Pour une fois elle n’avait pas réussi la rupture. C’est avec le salon Verdurin qu’Elstir avait rompu ; (SG 940/330).
(8)

Il ajouta qu’au temps ancien dont je parlais, le petit noyau était autre et le ton différent, pas seulement parce que les fidèles étaient plus jeunes. Il me raconta des farces d’Elstir (ce qu’il appelait de « pures pantalonnades « ), comme un jour où celui-ci, ayant feint de lâcher au dernier moment, était venu déguisé en maître d’hôtel extra et, tout en passant les plats, avait dit des gaillardises à l’oreille de la très prude baronne Putbus, rouge d’effroi et de colère ; puis, disparaissant avant la fin du dîner, avait fait apporter dans le salon une baignoire pleine d’eau, d’où, quand on était sorti de table, il était émergé tout nu en poussant des jurons ; et aussi des soupers où on venait dans des costumes en papier, dessinés, coupés, peints par Elstir, qui étaient des chefs-d’œuvre,… (Pris 202/191).

 

2 réflexions au sujet de « Elstir »

  1. Cela ne peut pas être Manet, puisque Elstir (ou le narrateur lui-même) en parle comme un peintre distinct de lui. J’ai pensé à Monet bien sûr, en raison de la description de la Cathédrale.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *