Andrée


AndréeAndrée d’après David Richardson

Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

381

 

111

4

33

113

105

15

Andrée est l’aînée du petit groupe de jeunes filles que le narrateur a remarqué à son arrivée à Balbec. Albertine la présente au narrateur (1) qui est sensible au charme de la jeune fille qui se montre délicieuse avec eux (2). Elle appartient à une famille extrêmement riche et sait en faire profiter Albertine (3).

Un jour le narrateur en compagnie du docteur Cottard regarde Albertine et Andrée danser ensemble au petit casino d’Incarville près de Balbec. Le docteur lui fait remarquer la lascivité de la scène et sème le trouble dans son l’esprit. Cette vision le hantera souvent plus tard lorsqu’il aura des doutes sérieux sur les penchants amoureux d’Albertine (4). Il repense fréquemment à cette scène et en parle à Albertine qui dément avec virulence avoir jamais eu une attirance pour les femmes en général ni pour Andrée en particulier (5).

Albertine vit désormais chez le narrateur qui se montre d’une jalousie maladive, il analyse tout ce que son amie dit et scrute tous ses gestes. Il accepte qu’elle sorte régulièrement dans Paris mais seulement avec Andrée car il compte bien que celle-ci lui rapportera fidèlement tout ce qui méritera d’être signalé (6 et 7).

Après la mort d’Albertine, la jalousie ronge toujours le narrateur qui continue son enquête sur les relations homosexuelles qu’elle a pu entretenir avec Andrée. Si celle-ci lui avoue avoir eu des relations avec des femmes parmi lesquelles Mlle Vinteuil, en revanche elle nie avoir jamais eu de rapports avec Albertine affirmation que le narrateur continue à ne pas croire (8).

Avec le temps, le souvenir d’Albertine s’estompe peu à peu dans l’esprit du narrateur mais il prend un grand plaisir à évoquer avec Andrée les souvenirs se rapportant à elle (9). Un jour, le narrateur échange des caresses avec Andrée et lui avoue qu’il est excité à l’idée qu’il pourrait avoir du plaisir avec une femme qui a en a éprouvé avec Albertine. Andrée lui avoue alors les relations amoureuses qu’elle a entretenues avec Albertine (10).

Mais en fait Andrée est follement amoureuse d’Octave, le jeune sportif rencontré dans « Les jeunes filles en fleurs » qui a une liaison avec Rachel. Par dépit, elle répand sur son compte des propos diffamatoires mais finalement le jeune homme quitte Rachel pour l’épouser (11).

Malgré les aveux d’Andrée sur les relations amoureuses d’Albertine, le narrateur continue de faire son siège et de l’interroger pour obtenir plus de détail. Andrée est souvent évasive, nie des faits avoués, se recoupe à tel point que le narrateur n’a plus aucune certitude (12).

Plus tard, Andrée deviendra l’amie inséparable de Gilberte qui est devenue la marquise de Saint-Loup (13).

(1)

Cette fois-là nous rencontrâmes presque tout de suite la grande Andrée, celle qui avait sauté par-dessus le premier président, Albertine dut me présenter. Son amie avait des yeux extraordinairement clairs, comme est dans un appartement à l’ombre l’entrée par la porte ouverte, d’une chambre où donnent le soleil et le reflet verdâtre de la mer illuminée. (JF 882/445).

(2)

Cette Andrée qui m’avait paru la plus froide le premier jour était infiniment plus délicate, plus affectueuse, plus fine qu’Albertine à qui elle montrait une tendresse caressante et douce de grande soeur. Elle venait au casino s’asseoir à côté de moi et savait — au contraire d’Albertine — refuser un tour de valse ou même si j’étais fatigué renoncer à aller au casino pour venir à l’hôtel. Elle exprimait son amitié pour moi, pour Albertine, avec des nuances qui prouvaient la plus délicieuse intelligence des choses du cœur, laquelle était peut-être due en partie à son état maladif. (JF 893/455).

(3)

Comme Andrée était extrêmement riche, Albertine pauvre et orpheline, Andrée avec une grande générosité la faisait profiter de son luxe. (JF 895/457).

(4)

Tenez, regardez, ajouta-t-il [docteur Cottard] en me montrant Albertine et Andrée qui valsaient lentement, serrées l’une contre l’autre, j’ai oublié mon lorgnon et je ne vois pas bien, mais elles sont certainement au comble de la jouissance. On ne sait pas assez que c’est surtout par les seins que les femmes l’éprouvent. Et, voyez, les leurs se touchent complètement. » En effet, le contact n’avait pas cessé entre ceux d’Andrée et ceux d’Albertine. Je ne sais si elles entendirent ou devinèrent la réflexion de Cottard, mais elles se détachèrent légèrement l’une de l’autre tout en continuant à valser. Andrée dit à ce moment un mot à Albertine et celle-ci rit du même rire pénétrant et profond que j’avais entendu tout à l’heure. Mais le trouble qu’il m’apporta cette fois ne me fut plus que cruel ; Albertine avait l’air d’y montrer, de faire constater à Andrée quelque frémissement voluptueux et secret. Il sonnait comme les premiers ou les derniers accords d’une fête inconnue. (SG 795/191).

(5)

Albertine, avant même de me jurer que ce n’était pas vrai, manifesta, comme toute personne à qui on vient d’apprendre qu’on a ainsi parlé d’elle, de la colère, du chagrin et, à l’endroit du calomniateur inconnu, la curiosité rageuse de savoir qui il était et le désir d’être confrontée avec lui pour pouvoir le confondre. Mais elle m’assura qu’à moi du moins, elle n’en voulait pas. « Si cela avait été vrai, je vous l’aurais avoué. Mais Andrée et moi nous avons aussi horreur l’une que l’autre de ces choses-là. Nous ne sommes pas arrivées à notre âge sans voir des femmes aux cheveux courts, qui ont des manières d’hommes et le genre que vous dites, et rien ne nous révolte autant. » (SG 833/227).

(6)

D’autre part, mon choix d’Andrée (laquelle se trouvait être à Paris, ayant renoncé à son projet de revenir à Balbec) comme guide de mon amie avait tenu à ce qu’Albertine me raconta de l’affection que son amie avait eue pour moi à Balbec, à un moment au contraire où je craignais de l’ennuyer, et si je l’avais su alors, c’est peut-être Andrée que j’eusse aimée. (Pris 20/13).

(7)

A Balbec, quand je m’étais senti trop las d’Albertine, j’avais compté dire mensongèrement à Andrée : « Ma petite Andrée, si seulement je vous avais revue plus tôt ! C’était vous que j’aurais aimée. Mais, maintenant, mon cœur est fixé ailleurs. Tout de même, nous pouvons nous voir beaucoup, car mon amour pour une autre me cause de grands chagrins et vous m’aiderez à me consoler.  » Or, ces mêmes paroles de mensonge étaient devenues vérité à trois semaines de distance. D’autre part, mon choix d’Andrée (laquelle se trouvait être à Paris, ayant renoncé à son projet de revenir à Balbec) comme guide de mon amie avait tenu à ce qu’Albertine me raconta de l’affection que son amie avait eue pour moi à Balbec, à un moment au contraire où je craignais de l’ennuyer, et si je l’avais su alors, c’est peut-être Andrée que j’eusse aimée. (Pris 20/13).

(8)

Je parlai à Andrée, non sur un ton interrogatif mais comme si je l’avais su de tout temps, peut-être par Albertine, du goût qu’elle-même Andrée avait pour les femmes et de ses propres relations avec Mlle Vinteuil. Elle avoua tout cela sans aucune difficulté, en souriant.

En somme, si Andrée ayant ces goûts au point de ne s’en cacher nullement, et Albertine ayant eu pour elle la grande affection que très certainement elle avait, malgré cela Andrée n’avait jamais eu de relations charnelles avec Albertine et avait toujours ignoré qu’Albertine eût de tels goûts, c’est qu’Albertine ne les avait pas, et n’avait eu avec personne les relations que plus qu’avec aucune autre elle aurait eues avec Andrée. (Fug 547/128).

(9)

Le souvenir d’Albertine était devenu chez moi si fragmentaire qu’il ne me causait plus de tristesse et n’était plus qu’une transition à de nouveaux désirs, comme un accord qui prépare des changements d’harmonie. Et même cette idée de caprice sensuel et passager étant écartée en tant que j’étais encore fidèle au souvenir d’Albertine, j’étais plus heureux d’avoir auprès de moi Andrée que je ne l’aurais été d’avoir Albertine miraculeusement retrouvée. Car Andrée pouvait me dire plus de choses sur Albertine que ne m’en aurait dit Albertine elle-même.  (Fug 599/179).

(10)

D’autre part, l’idée qu’une femme avait peut-être eu des relations avec Albertine ne me causait plus que le désir d’en avoir moi aussi avec cette femme. Je le dis à Andrée tout en la caressant. Alors sans chercher le moins du monde à mettre ses paroles d’accord avec celles d’il y avait quelques mois, Andrée me dit en souriant à demi :  » Ah ! oui, mais vous êtes un homme. Aussi nous ne pouvons pas faire ensemble tout à fait les mêmes choses que je faisais avec Albertine.  » Et soit qu’elle pensât que cela accroissait mon désir (dans l’espoir de confidences je lui avais dit que j’aimerais avoir des relations avec une femme en ayant eu avec Albertine) ou mon chagrin, ou peut-être détruisait un sentiment de supériorité sur elle qu’elle pouvait croire que j’éprouvais d’avoir été le seul à entretenir des relations avec Albertine :  » Ah ! nous avons passé toutes les deux de bonnes heures, elle était si caressante, si passionnée. (Fug 599/180).

(11)

En ce qui concerne le jeune sportif, neveu des Verdurin, que j’avais rencontré dans mes deux séjours à Balbec, il faut dire, accessoirement et par anticipation, que quelque temps après la visite d’Andrée, visite dont le récit va être repris dans un instant, il arriva des faits qui causèrent une assez grande impression. D’abord ce jeune homme (peut-être par souvenir d’Albertine que je ne savais pas alors qu’il avait aimée) se fiança avec Andrée et l’épousa, malgré le désespoir de Rachel dont il ne tint aucun compte. (Fug 604/185).

(12)

Mais, ma petite Andrée, vous mentez encore. Rappelez-vous – vous-même me l’avez avoué – je vous ai téléphoné la veille, vous rappelez-vous, qu’Albertine avait tant voulu, et en me le cachant comme quelque chose que je ne devais pas savoir, aller à la matinée Verdurin où Mlle Vinteuil devait venir. – Oui, mais Albertine ignorait absolument que Mlle Vinteuil dût y venir. – Comment ? Vous-même m’avez dit que quelques jours avant elle avait rencontré Mme Verdurin. D’ailleurs Andrée, inutile de nous tromper l’un l’autre. J’ai trouvé un papier un matin dans la chambre d’Albertine, un mot de Mme Verdurin la pressant de venir à la matinée. (Fug 618/199).

(13)

Ainsi Gilberte avait maintenant pour amie inséparable Andrée. Quoique celle-ci commençât, surtout à la faveur du talent de son mari et de sa propre intelligence, à pénétrer non pas certes dans le milieu des Guermantes, mais dans un monde infiniment plus élégant que celui qu’elle fréquentait jadis, on fut  étonné que la Marquise de Saint-Loup condescendît à devenir sa meilleure amie. (TR 983/289)

 

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