Rachel

RachelRachel d’après Patrick Alexander

Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

180

 

7

66

10

4

28

65

Modèles possibles : les actrices Lantelment et Louisa de Mornand.

Un jour Bloch amène le narrateur dans une maison de passe très médiocre où la tenancière leur vante, sans succès d’ailleurs, les qualités d’une des pensionnaires, une juive prénommée Rachel (1).

Robert de Saint-Loup a une maîtresse dont il est follement et il en parle au narrateur souvent et avec beaucoup de tendresse mais sans jamais la nommer. Il fait preuve à son égard de beaucoup de naïveté, rien n’est trop beau pour elle aussi la comble-t-il de cadeaux somptueux (2). Un jour enfin Saint-Loup décide de présenter sa maîtresse au narrateur et celui-ci découvre avec beaucoup d’étonnement, qu’il s’agit d’une vieille connaissance qu’il a connue dans des conditions bien particulières (3) puisque c’est la prostituée qu’il a rencontrée bien des années auparavant dans une maison de passe et qu’il avait surnommée « Rachel quand du Seigneur », en référence à un passage de l’opéra « La Juive » de Fromental Halévy.

Saint-Loup se demande parfois si la générosité dont il fait preuve vis-à-vis de Rachel est bien raisonnable mais follement amoureux il renonce à changer le type de relations qu’il entretient avec elle (4). Rachel se montre cruelle et ingrate, malgré les attentions de son amant, ses déclarations d’amour,  sa générosité, elle ne peut s’empêcher de le tromper et d’aguicher tous les hommes de son entourage sans même se cacher (5). Bien entendu la famille de Robert n’apprécie pas cette liaison et finit par obtenir à ce qu’il rompe. Saint-Loup est muté au Maroc (6) mais cette séparation n’est qu’illusoire puisqu’il retrouve Rachel à chacun de ses retours en permission en France. Finalement il se marie avec Gilberte Swann qui est au courant de la liaison passée de son mari et fait tout pour prendre de la place dans son cœur en imitant son ancienne maîtresse  (7).

Bien plus tard, le narrateur retrouve Rachel au cours d’une soirée chez la princesse de Guermantes (Qui n’est autre que Mme Verdurin qui, après deux veuvages, a épousé le prince de Guermantes) (8). Elle est devenue une actrice célèbre mais aussi une « immonde vieille » femme qui malgré son âge ne peut s’empêcher d’essayer de séduire le narrateur comme elle n’a cessé de le faire avec les hommes durant toute sa vie de femme (9).

(1)

« Pensez donc mon petit, une juive, il me semble que ça doit être affolant ! Rah ! » Cette Rachel, que j’aperçus sans qu’elle me vît, était brune, pas jolie, mais avait l’air intelligent, et non sans passer un bout de langue sur ses lèvres, souriait d’un air plein d’impertinence aux michés qu’on lui présentait et que j’entendais entamer la conversation avec elle. Son mince et étroit visage était entouré de cheveux noirs et frisés, irréguliers comme s’ils avaient été indiqués par des hachures dans un lavis, à l’encre de Chine. (JF 577/146).

(2)

Jamais Robert ne me parla plus tendrement de son amie que pendant ce trajet. Seule elle avait des racines dans son cœur……—Je lui ferai aujourd’hui, si elle est gentille, me dit-il, un cadeau qui lui fera plaisir. C’est un collier qu’elle a vu chez Boucheron. C’est un peu cher pour moi en ce moment : trente mille francs. Mais ce pauvre loup, elle n’a pas tant de plaisir dans la vie. Elle va être joliment contente. Elle m’en avait parlé et elle m’avait dit qu’elle connaissait quelqu’un qui le lui donnerait peut-être. Je ne crois pas que ce soit vrai, mais je me suis à tout hasard entendu avec Boucheron, qui est le fournisseur de ma famille, pour qu’il me le réserve. (Guer 156/148).

(3)

Tout à coup, Saint–Loup apparut accompagné de sa maîtresse… je reconnus à l’instant « Rachel quand du Seigneur », celle qui, il y a quelques années—les femmes changent si vite de situation dans ce monde-là, quand elles en changent—disait à la maquerelle : « Alors, demain soir, si vous avez besoin de moi pour quelqu’un, vous me ferez chercher. » (Guer 157/150).

(4)

Robert eut peut-être l’idée alors que cet enfer où il vivait, avec la perspective et la nécessité d’un mariage riche, d’une vente de son nom, pour pouvoir continuer à donner cent mille francs par an à Rachel, il aurait peut-être pu s’en arracher aisément, et avoir les faveurs de sa maîtresse, comme ces calicots celles de leurs grues, pour peu de chose. Mais comment faire ? Elle n’avait démérité en rien. Moins comblée, elle serait moins gentille, ne lui dirait plus, ne lui écrirait plus de ces choses qui le touchaient tant et qu’il citait avec un peu d’ostentation à ses camarades, en prenant soin de faire remarquer combien c’était gentil d’elle, mais en omettant qu’il l’entretenait fastueusement,… (Guer 162/154).

(5)

Mais bientôt, peut-être pour faire partir Robert afin de se trouver seule avec Aimé, Rachel se mit à faire de l’œil à un jeune boursier qui déjeunait à une table voisine avec un ami. —Zézette, je te prierai de ne pas regarder ce jeune homme comme cela, dit Saint–Loup sur le visage de qui les hésitantes rougeurs de tout à l’heure s’étaient concentrées en une nuée sanglante qui dilatait et fonçait les traits distendus de mon ami ; si tu dois nous donner en spectacle, j’aime mieux déjeuner de mon côté et aller t’attendre au théâtre.(Guer 168/160).

(6)

Robert de Saint–Loup, que sa mère avait réussi à faire rompre, après de douloureuses tentatives avortées, avec sa maîtresse, et qui depuis ce moment avait été envoyé au Maroc pour oublier celle qu’il n’aimait déjà plus depuis quelque temps, m’avait écrit un mot, reçu la veille, où il m’annonçait sa prochaine arrivée en France pour un congé très court. Comme il ne ferait que toucher barre à Paris (où sa famille craignait sans doute de le voir renouer avec Rachel), il m’avertissait, pour me montrer qu’il avait pensé à moi, qu’il avait rencontré à Tanger Mlle ou plutôt Mme de Stermaria, car elle avait divorcé après trois mois de mariage. (Guer 347/337).

(7)

Et de fait, les premiers temps, des comparaisons entre les deux femmes (pourtant si inégales comme charme et comme beauté) ne furent pas en faveur de la délicieuse Gilberte. Mais celle-ci grandit ensuite dans l’estime de son mari pendant que Rachel diminuait à vue d’œil. (Fug 683/263).

(8)

On y remarquait la duchesse de Guermantes en grande conversation avec une affreuse vieille femme que je regardais sans pouvoir du tout deviner qui elle était : je n’en savais absolument rien. « Comme c’est drôle de voir ici Rachel « , me dit à l’oreille Bloch qui passait à ce moment. Ce nom magique rompit aussitôt l’enchantement qui avait donné à la maîtresse de Saint-Loup la forme inconnue de cette immonde vieille et je la reconnus alors parfaitement. (TR 991/197).

(9)

Cependant, je remarquai sans aucune satisfaction d’amour-propre car elle était devenue vieille et laide, que Rachel me faisait de l’œil, avec une certaine réserve d’ailleurs. Pendant toute la récitation, elle laissa palpiter dans ses yeux un sourire réprimé et pénétrant qui semblait l’amorce d’un acquiescement qu’elle eût souhaité venir de moi. (TR 1000/306).

3 réflexions au sujet de « Rachel »

  1. « Rachel, quand du Seigneur, » ne figure pas dans les premiers mots de l’opéra d’Halévy, livret de Scribe, mais tout à la fin, quand le père adoptif, juif, de Rachel, qui n’est pas juive mais qui choisira de l’être en se jetant dans le bûcher qui l’attend, raconte comment il a recueilli Rachel lors d’un incendie à Rome.

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