Brichot (Professeur)

Brichot - RBrichot d’après David Richardson

Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

301

15

 

1

137

98

1

49

Modèles possibles : M. Brichet, professeur de mathématique de Marcel en classe de rhétorique ; M. Brochard, helléniste, professeur à la Sorbonne ; Gustave Schlumberger, historien ; Claude Courbaud ; Joseph Reinach.

Professeur à la Sorbonne, homme bavard et pédant, féru de plaisanteries et de jeux de mots souvent médiocres. Un des piliers du salon des Verdurin. (1). Swann ne l’apprécie pas beaucoup et a le tort de l’avouer à Mme Verdurin qui ne goûte pas son commentaire en demie teinte. Cet incident marquera le début de la disgrâce de Swann chez les Verdurin (1).

Très possessive avec les membres de son petit clan, Mme Verdurin ne tolère pas que l’un d’eux puisse avoir des relations qui le détourneront un tant soit peu de son salon aussi n’hésite-t-elle pas à intervenir sans scrupule pour stopper une idylle amoureuse entre Brichot et une petite blanchisseuse (3).

Passionné d’étymologie, Brichot discourt savamment sur l’origine des noms de villages et ia le mérite d’éveiller l’intérêt de ses interlocuteurs dont le narrateur (4).

Malade et affligé d’une mauvaise vue, il diminue peu à peu ses activités professionnelles mais continue  de fréquenter fidèlement les soirées des Verdurin à la Raspelière. Il utilise pour y aller le petit chemin de fer local ; handicapé par sa mauvaise vue, il doit se faire aider par les autres invités (5).

Avec le temps, les relations entre le professeur et Mme Verdurin se tendent et elle cache de moins en moins son agacement. Brichot en est conscient mais continue néanmoins de considérer la Patronne comme sa meilleure amie (6).

Au cours d’une des soirées chez les Verdurin, Charlus déclare que Brichot est amoureux fou de Mme de Cambremer (7) alors, à nouveau, la Patronne qui est d’une jalousie terrible ne supporte pas l’idée d’une telle liaison et s’emploie avec succès à y mettre un terme (8).

Pendant la guerre, Brichot va écrire des articles dans la presse qui connaîtront un succès certain. Bien entendu,  Mme Verdurin, jalouse de cette notoriété le dénigre en toutes occasions (9).

 1) Il y avait, à ce dîner, en dehors des habitués, un professeur de la Sorbonne, Brichot, qui avait rencontré M. et Mme Verdurin aux eaux et si ses fonctions universitaires et ses travaux d’érudition n’avaient pas rendu très rares ses moments de liberté, serait volontiers venu souvent chez eux…. Dès le commencement du repas, comme M. de Forcheville, placé à la droite de Mme Verdurin qui avait fait pour le « nouveau » de grands frais de toilette, lui disait : « C’est original, cette robe blanche », le docteur qui n’avait cessé de l’observer, tant il était curieux de savoir comment était fait ce qu’il appelait un « de », et qui cherchait une occasion d’attirer son attention et d’entrer plus en contact avec lui, saisit au vol le mot « blanche » et, sans lever le nez de son assiette, dit : « blanche ? Blanche de Castille ? », puis sans bouger la tête lança furtivement de droite et de gauche des regards incertains et souriants…… Swann ne put trouver les plaisanteries de Brichot que pédantesques, vulgaires et grasses à écœurer. Puis il était choqué, dans l’habitude qu’il avait des bonnes manières, par le ton rude et militaire qu’affectait, en s’adressant à chacun, l’universitaire cocardier. (Swann 251/357).
(2) N’est-ce pas, monsieur Swann ? Je crois que c’est la première fois que vous vous rencontriez avec lui, dit-elle pour lui faire remarquer que c’était à elle qu’il devait de le connaître. « N’est-ce pas, il a été délicieux, notre Brichot ? »Swann s’inclina poliment.—Non ? il ne vous a pas intéressé ? lui demanda sèchement Mme Verdurin.— »Mais si, madame, beaucoup, j’ai été ravi. Il est peut-être un peu péremptoire et un peu jovial pour mon goût. Je lui voudrais parfois un peu d’hésitations et de douceur, mais on sent qu’il sait tant de choses et il a l’air d’un bien brave homme. (Swann 264/373).
(3) Il est vrai qu’à deux reprises l’amour avait manqué de faire ce que les travaux ne pouvaient plus : détacher Brichot du petit clan. Mais Mme Verdurin, qui « veillait au grain », et d’ailleurs, en ayant pris l’habitude dans l’intérêt de son salon, avait fini par trouver un plaisir désintéressé dans ce genre de drames et d’exécutions, l’avait irrémédiablement brouillé avec la personne dangereuse, sachant, comme elle le disait, « mettre bon ordre à tout » et « porter le fer rouge dans la plaie ». Cela lui avait été d’autant plus aisé pour l’une des personnes dangereuses que c’était simplement la blanchisseuse de Brichot, et Mme Verdurin, ayant ses petites entrées dans le cinquième du professeur, écarlate d’orgueil quand elle daignait monter ses étages, n’avait eu qu’à mettre à la porte cette femme de rien. « Comment, avait dit la Patronne à Brichot, une femme comme moi vous fait l’honneur de venir chez vous, et vous recevez une telle créature ? » (SG 868/261).
(4) Je m’intéresse à ce prêtre et aussi aux étymologies.—Ne vous fiez pas trop à celles qu’il indique, me répondit Brichot ; l’ouvrage, qui est à la Raspelière et que je me suis amusé à feuilleter, ne me dit rien qui vaille ; il fourmille d’erreurs. Je vais vous en donner un exemple. Le mot Bricq entre dans la formation d’une quantité de noms de lieux de nos environs. Le brave ecclésiastique a eu l’idée passablement biscornue qu’il vient de Briga, hauteur, lieu fortifié… (SG 887/280).
(5) Le seul à qui eussent pu échapper, à cause de sa demi-cécité, ces signes de promission était Brichot. Mais aussi l’un des habitués assurait volontairement à l’égard de l’aveugle les fonctions de guetteur et, dès qu’on avait aperçu son chapeau de paille, son parapluie vert et ses lunettes bleues, on le dirigeait avec douceur et hâte vers le compartiment d’élection. (SG 868/261).
(6) On peut juger, par ces courtes disgrâces, du chagrin que causait à Brichot celle qu’il savait définitive. Il n’ignorait pas que Mme Verdurin riait parfois publiquement de lui, même de ses infirmités, et sachant le peu qu’il faut attendre des affections humaines, s’y étant soumis, il ne considérait pas moins la Patronne comme sa meilleure amie. (SG 951/341).
(7) « Nous avions beau vous faire des signes, vous êtes terrible.—Comment cela ?—Voyons, ne vous êtes-vous pas aperçu que Brichot est amoureux fou de Mme de Cambremer ? » Je vis par l’attitude des Cottard et de Charlie que cela ne faisait pas l’ombre d’un doute dans le petit noyau. Je crus qu’il y avait de la malveillance de leur part. « Voyons, vous n’avez pas remarqué comme il a été troublé quand vous avez parlé d’elle », reprit M. de Charlus, qui aimait montrer qu’il avait l’expérience des femmes et parlait du sentiment qu’elles inspirent d’un air naturel et comme si ce sentiment était celui qu’il éprouvait lui-même habituellement. (SG 1091/477).
(8) Demandez à Brichot si je ne suis pas une amie courageuse, et si je ne sais pas me dévouer pour sauver les camarades.  » (Elle faisait allusion aux circonstances dans lesquelles elle l’avait, juste à temps, brouillé avec sa blanchisseuse d’abord, avec Mme de Cambremer ensuite, brouilles à la suite desquelles Brichot était devenu presque complètement aveugle et, disait-on, morphinomane). (Pris 281/269).
(9) …un phénomène parallèle se produisait pour Brichot. Malgré la Sorbonne, malgré l’Institut, sa notoriété n’avait pas jusqu’à la guerre dépassé les limites du salon Verdurin. Mais quand il se mit à écrire presque quotidiennement des articles parés de ce faux brillant qu’on l’a vu si souvent dépenser sans compter pour les fidèles, riches d’autre part d’une érudition fort réelle, et qu’en vrai sorbonien il ne cherchait pas à dissimuler de quelques formes plaisantes qu’il l’entourât, le « grand monde » fut littéralement ébloui… … Mme Verdurin, exaspérée du succès que ses articles rencontraient auprès du faubourg Saint-Germain, avait soin de ne jamais avoir Brichot chez elle, quand il devait s’y trouver quelque personne brillante qu’il ne connaissait pas encore et qui se hâterait de l’attirer. Ce fut ainsi que le journalisme dans lequel Brichot se contentait en somme de donner tardivement, avec honneur et en échange d’émoluments superbes, ce qu’il avait gaspillé toute sa vie gratis et incognito dans le salon des Verdurin, (car ses articles ne lui coûtaient pas plus de peine, tant il était disert et savant, que ses causeries) eût conduit, et parut même un moment conduire Brichot à une gloire incontestée, s’il n’y avait pas eu Mme Verdurin. (TR 790/97).

 

 

 

 

 

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