Nissim Bernard

Nissim Bernard (Richardson)Nissim d’après David Richardson

Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

45

 

10

4

26

3

 

2

Modèle possible : Horace de Landau

Grand-oncle de Bloch qui le traite avec beaucoup de désinvolture mais ne répugne pas à profiter de ses largesses (1). Bernard Nissim ne parvient pas à réprimer son envie de se faire valoir vis-à-vis des autres tout en sachant cependant que ses mensonges et vantardises seront dévoilés un jour ou l’autre (2). Alors qu’il loue une somptueuse villa pour lui et pour sa famille, il prend tous ses déjeuners au Grand-Hôtel où il entretient un jeune commis de l’hôtel ce qui choque sa famille et son entourage qui ne sont pas dupes (3). Bientôt il va tromper le jeune commis avec un garçon de ferme qui a un frère jumeau et la ressemblance des deux frères est source de quiproquos cocasses (4).

(1) Mais M. Bloch ne cessait d’insulter son oncle, soit qu’il fût excité par la bonhomie sans défense de son souffre-douleur soit que la villa étant payée par M. Nissim Bernard, le bénéficiaire voulût montrer qu’il gardait son indépendance et surtout qu’il ne cherchait pas par des cajoleries à s’assurer l’héritage à venir du richard. (JF 774/341).
(2) C’est que chez M. Nissim Bernard le goût de l’ostentation, contenu chez M. Bloch le père et chez ses enfants, avait engendré l’habitude du mensonge perpétuel. Par exemple, en voyage à l’hôtel, M. Nissim Bernard comme aurait pu faire M. M. Bloch le père, se faisait apporter tous ses journaux par son valet de chambre dans la salle à manger, au milieu du déjeuner, quand tout le monde était réuni pour qu’on vît bien qu’il voyageait avec un valet de chambre. Mais aux gens avec qui il se liait dans l’hôtel, l’oncle disait ce que le neveu n’eût jamais fait, qu’il était sénateur. Il avait beau être certain qu’on apprendrait un jour que le titre était usurpé, il ne pouvait au moment même résister au besoin de se le donner.  (JF 775/237).
(3) Depuis ce jour-là, M. Nissim Bernard n’avait jamais manqué de venir occuper sa place au déjeuner (comme l’eût fait à l’orchestre quelqu’un qui entretient une figurante, une figurante celle-là d’un genre fortement caractérisé, et qui attend encore son Degas). C’était le plaisir de M. Nissim Bernard de suivre dans la salle à manger, et jusque dans les perspectives lointaines où, sous son palmier, trônait la caissière, les évolutions de l’adolescent empressé au service, au service de tous, et moins de M. Nissim Bernard depuis que celui-ci l’entretenait, soit que le jeune enfant de choeur ne crût pas nécessaire de témoigner la même amabilité à quelqu’un de qui il se croyait suffisamment aimé, soit que cet amour l’irritât ou qu’il craignît que, découvert, il lui fît manquer d’autres occasions. Mais cette froideur même plaisait à M. Nissim Bernard par tout ce qu’elle dissimulait ; (SG 843/237).
(4) Nous étions, Albertine et moi, devant la station Balbec du petit train d’intérêt local. Nous nous étions fait conduire par l’omnibus de l’hôtel, à cause du mauvais temps. Non loin de nous était M. Nissim Bernard, lequel avait un œil poché. Il trompait depuis peu l’enfant des choeurs d’Athalie avec le garçon d’une ferme assez achalandée du voisinage, « Aux Cerisiers ». Ce garçon rouge, aux traits abrupts, avait absolument l’air d’avoir comme tête une tomate. Une tomate exactement semblable servait de tête à son frère jumeau. Pour le contemplateur désintéressé, il y a cela d’assez beau, dans ces ressemblances parfaites de deux jumeaux, que la nature, comme si elle s’était momentanément industrialisée, semble débiter des produits pareils. Malheureusement, le point de vue de M. Nissim Bernard était autre et cette ressemblance n’était qu’extérieure. La tomate n° 2 se plaisait avec frénésie à faire exclusivement les délices des dames, la tomate n° 1 ne détestait pas condescendre aux goûts de certains messieurs. Or chaque fois que, secoué, ainsi que par un réflexe, par le souvenir des bonnes heures passées avec la tomate n° 1, M. Bernard se présentait « Aux Cerisiers », myope (et du reste la myopie n’était pas nécessaire pour les confondre), le vieil Israélite, jouant sans le savoir Amphitryon, s’adressait au frère jumeau et lui disait : « Veux-tu me donner rendez-vous pour ce soir. » Il recevait aussitôt une solide « tournée ». (SG 855/248).

Tomato Twin no.2Tomate n° 1

Tomato Twin no.1Tomate n° 2

4 réflexions au sujet de « Nissim Bernard »

  1. Bonjour, Selon Pierre Assouline, Nissim Camondo serait une source d’inspiration pour ce personnage dans la Recherche. Savez-vous quels étaient les liens qui unissaient Proust et cette famille? Merci.

    • Désolé mais je ne sais pas. Votre question va apparaître sur ce site et peut-être que quelqu’un de plus compétent pourra vous apporter une réponse.

  2. Proust n’avait aucun lien f avec les Camondo
    il a seulement envoyé un lettre à Moïse de Camondo au moment de la mort de son fils Nissim, on ne sait d’ailleurs si la lettre assez mondaine et impersonnelle etait destiné au comte de Camondo dont le fils était porté disparu ou au duc de Luynes dont le fils , duc de Chevreuse, avait été tué,
    Assouline dit que Proust ,grand récupérateur, a attribué le prénom rare de Nissim à son personnage Nissim Bernard qui drague les jeunes hommes au Grand Hotel de Balbec, l’inspirateur de ce personnage serait plutôt de Horace de Landau , un fondé de pouvoir de la banque Rothschild collectionneur et bibliophile (1824 – 1903)
    Nissim de Camondo est mort à 25a en 1917
    je pense qu’il ne faut rien y voir qu’ une assertion un peu ambigu de l’auteur du dernier des Camondo

  3. Merci pour votre réponse. Toujours est-il que la visite du musée Nissim de Camondo (à deux pas de chez Proust) donne l’impression de rêver éveillé certaines scènes de la « Recherche ». Bonne journée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *