Vinteuil (Monsieur)

VinteuilMonsieur Vinteuil d’après David Richardson

 

Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

169

57

11

2

9

       78

5

7

Modèles : Saint-Saëns, César Franck, Fauré.

C’est un modeste professeur de piano à Montjouvain près de Combray mais on découvrira plus tard qu’il est  un compositeur renommé à Paris.

M. Vinteuil, homme très modeste et réservé a été le professeur de piano des grands-tantes du narrateur. Très collet monté, il va cesser ses visites habituelles auprès de la famille du narrateur de peur de rencontrer Swann dont il juge le mariage déplacé (1).

La fille de M. Vinteuil vit chez son père et abrite dans sa maison une amie avec laquelle elle a des relations homosexuelles ce qui scandalise la bourgeoisie de Combray et désespère son père si sévère et plein de principes (2) qui ne se remettra jamais de la douleur qu’il a endurée (3)

Il connaîtra une renommée certaine et en particulier une de ses sonates aura un grand succès. C’est dans le salon de Mme Verdurin que Swann, en compagnie d’Odette dont il est follement amoureux entend pour la première fois la Sonate de Vinteuil. (4). C’est d’ailleurs chez les Verdurin dont le salon passait pour être « le temple de la musique » que l’on disait que Vinteuil, maintenant devenu pour certain le plus grand musicien contemporain, avait trouvé son inspiration (5).

Une petite phrase musicale se détache de cette sonate, la « petite phrase de Vinteuil » et va accompagner les amours de Swann et Odette (6).

L’amie de Mlle Vinteuil qui a fait tant de mal à son père participera, sur le tard, par ses travaux, à renforcer la gloire du musicien (7).

(1) M. Vinteuil était venu avec sa fille se placer à côté de nous. D’une bonne famille, il avait été le professeur de piano des soeurs de ma grand’mère et quand, après la mort de sa femme et un héritage qu’il avait fait, il s’était retiré auprès de Combray, on le recevait souvent à la maison. Mais d’une pudibonderie excessive, il cessa de venir pour ne pas rencontrer Swann qui avait fait ce qu’il appelait « un mariage déplacé, dans le goût du jour » (Swann 112/185).
(2) C’est du côté de Méséglise, à Montjouvain, maison située au bord d’une grande mare et adossée à un talus buissonneux que demeurait M. Vinteuil. Aussi croisait-on souvent sur la route sa fille, conduisant un buggy à toute allure. A partir d’une certaine année on ne la rencontra plus seule, mais avec une amie plus âgée, qui avait mauvaise réputation dans le pays et qui un jour s’installa définitivement à Montjouvain. On disait : « Faut-il que ce pauvre M. Vinteuil soit aveuglé par la tendresse pour ne pas s’apercevoir de ce qu’on raconte, et permettre à sa fille, lui qui se scandalise d’une parole déplacée, de faire vivre sous son toit une femme pareille. (Swann 147/227).
(3) …ma mère pensait à cet autre renoncement plus cruel encore auquel M. Vinteuil avait été contraint, le renoncement à un avenir de bonheur honnête et respecté pour sa fille ; quand elle évoquait toute cette détresse suprême de l’ancien maître de piano de mes tantes, elle éprouvait un véritable chagrin et songeait avec effroi à celui autrement amer que devait éprouver Mlle Vinteuil tout mêlé du remords d’avoir à peu près tué son père. « Pauvre M. Vinteuil, disait ma mère, il a vécu et il est mort pour sa fille, sans avoir reçu son salaire. Le recevra-t-il après sa mort et sous quelle forme ? Il ne pourrait lui venir que d’elle. »(Swann 159/244).
(4) Or, quelques minutes à peine après que le petit pianiste avait commencé de jouer chez Mme Verdurin, tout d’un coup après une note haute longuement tenue pendant deux mesures, il vit approcher, s’échappant de sous cette sonorité prolongée et tendue comme un rideau sonore pour cacher le mystère de son incubation, il reconnut, secrète, bruissante et divisée, la phrase aérienne et odorante qu’il aimait. Et elle était si particulière, elle avait un charme si individuel et qu’aucun autre n’aurait pu remplacer, que ce fut pour Swann comme s’il eût rencontré dans un salon ami une personne qu’il avait admirée dans la rue et désespérait de jamais retrouver. A la fin, elle s’éloigna, indicatrice, diligente, parmi les ramifications de son parfum, laissant sur le visage de Swann le reflet de son sourire. Mais maintenant il pouvait demander le nom de son inconnue (on lui dit que c’était l’andante de la sonate pour piano et violon de Vinteuil), il la tenait, il pourrait l’avoir chez lui aussi souvent qu’il voudrait, essayer d’apprendre son langage et son secret. (Swann 211/308)
(5) Le salon Verdurin passait pour un Temple de la Musique. C’était là, assurait-on, que Vinteuil avait trouvé inspiration, encouragement. Or si la Sonate de Vinteuil restait entièrement incomprise et à peu près inconnue, son nom, prononcé comme celui du plus grand musicien contemporain, exerçait un prestige extraordinaire. (SG 870/263)
(6) A son entrée, tandis que Mme Verdurin montrant des roses qu’il avait envoyées le matin lui disait : « Je vous gronde » et lui indiquait une place à côté d’Odette, le pianiste jouait pour eux deux, la petite phrase de Vinteuil qui était comme l’air national de leur amour. Il commençait par la tenue des trémolos de violon que pendant quelques mesures on entend seuls, occupant tout le premier plan, puis tout d’un coup ils semblaient s’écarter et comme dans ces tableaux de Pieter De Hooch, qu’approfondit le cadre étroit d’une porte entr’ouverte, tout au loin, d’une couleur autre, dans le velouté d’une lumière interposée, la petite phrase apparaissait, dansante, pastorale, intercalée, épisodique, appartenant à un autre monde. Elle passait à plis simples et immortels, distribuant çà et là les dons de sa grâce, avec le même ineffable sourire… (Swann 218/316).
(7) L’amie de Mlle Vinteuil était quelquefois traversée par l’importune pensée qu’elle avait peut-être précipité la mort de Vinteuil. Du moins, en passant des années à débrouiller le grimoire laissé par Vinteuil, en établissant la lecture certaine de ces hiéroglyphes inconnus, l’amie de Mlle Vinteuil eut la consolation d’assurer au musicien dont elle avait assombri les dernières années une gloire immortelle et compensatrice. (Pris 261/250).

2 réflexions au sujet de « Vinteuil (Monsieur) »

  1. Merveilleux site. Facilite aussi l’auscultation de ce monument, À la recherche du temps perdu, dont la grosse brique n’est pas facile à documenter.

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