Aphorismes

Voici quelques aphorismes notés au fil de nos lectures de « La Recherche ». Nous avons renoncé à les regrouper par thèmes et préférons les présenter dans l’ordre chronologique d’apparition. 

L’indice entre parenthèse renvoie  à  la collection la Pléïade (édition 1954) ainsi qu’à la collection Folio (édition 1988). A titre d’exemple, (Swann 19/69) indique que l’on trouvera la citation dans le livre « du côté de chez Swann » à la page 19 de la Pléiade et à la page 69 de la collection Folio.
Les abréviations retenus pour chacun des sept livres sont : Swann, JF, Guer, SG, Pris, Fug, TR.
 

Notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres (Swann 19/69).

Tâchez de garder toujours un morceau de ciel au-dessus de votre vie (Swann 68/130).

Ce n’est pas à un autre homme intelligent qu’un homme intelligent aura peur de paraître bête (Swann 191/283).

Autrefois on rêvait de posséder le cœur de la femme dont on était amoureux ; plus tard sentir qu’on possède le cœur d’une femme peut suffire à vous en rendre amoureux (Swann 196/289).

Que de bonheurs possibles dont on sacrifie ainsi la réalisation à l’impatience d’un plaisir immédiat (Swann 274/385).

Peut-être est-ce le néant qui est le vrai et tout notre rêve est-il inexistant (Swann 350/479).

 « On ne connaît pas son bonheur. On n’est jamais aussi malheureux qu’on croit » (Swann 354/484).

On n’aime plus personne dès qu’on aime (Swann 399/539).

Le souvenir d’une certaine image n’est que le regret d’un certain instant (Swann 427/574).

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Ce qui rapproche, ce n’est pas la communauté des opinions, c’est la consanguinité des esprits (JF 436/7).

Nos désirs vont s’interférant et, dans la confusion de l’existence, il est rare qu’un bonheur vienne justement se poser sur le désir qui l’avait réclamé (JF 489/60).

La vie est semée de ces miracles que peuvent toujours espérer les personnes qui aiment (JF 500/71).

Les beautés qu’on découvre le plus tôt sont aussi celles dont on se fatigue le plus vite (JF 530/101).

Chacun appelle idées claires celles qui sont au même degré de confusion que les siennes propres (JF 552/122).

C’est, dans l’amour, un état anormal, capable de donner tout de suite, à l’accident, le plus simple en apparence et qui peut toujours survenir, une gravité que par lui-même cet accident ne comporterait pas (JF 582/151),

Savoir qu’on n’a plus rien à espérer n’empêche pas de continuer à attendre  (JF 591/160).

Nous sommes tous obligés pour rendre la réalité supportable, d’entretenir en nous quelques petites folies (JF 591/161).

Le temps dont nous disposons chaque jour est élastique ; les passions que nous ressentons le dilatent, celles que nous inspirons le rétrécissent et l’habitude le remplit (JF 612/181).

Il n’est pas certain que le bonheur survenu trop tard, quand on ne peut plus en jouir, quand on n’aime plus, soit tout à fait ce même bonheur dont le manque nous rendit jadis si malheureux (JF 629/198).

On devient moral dès qu’on est malheureux (JF 630/199).

Comme la durée moyenne de la vie, — la longévité relative, — est beaucoup plus grande pour les souvenirs des sensations poétiques que pour ceux des souffrances du cœur (JF 641/209).

Ceux qui aiment et ceux qui ont du plaisir ne sont pas les mêmes (JF 646/215).

La détermination dans notre imagination des traits d’un bonheur tient plutôt à l’identité des désirs qu’il nous inspire, qu’à la précision des renseignements que nous avons sur lui (JF 647/216).

L’important dans la vie n’est pas ce qu’on aime, c’est d’aimer (JF 763/330).

La beauté des êtres n’est pas comme celle des choses, et que nous sentons qu’elle est celle d’une créature unique, consciente et volontaire (JF 712/280).

L’adolescence est le seul temps où l’on ait appris quelque chose (JF 730/298).

Les enfants ont toujours une tendance soit à déprécier, soit à exalter leurs parents (JF 771/338).

L’amour le plus exclusif pour une personne est toujours l’amour d’autre chose (JF 833/397).

L’amour devient immense, nous ne songeons pas combien la femme réelle y tient peu de place (JF 858/421).

On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même après un trajet que personne ne peut faire pour nous (JF 864/427).

Ce qu’on appelle se rappeler un être c’est en réalité l’oublier (JF 917/478).

L’audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions (JF ***/494).

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On pardonne les crimes individuels, mais non la participation à un crime collectif (Guer 152/144).

Dans la vie de la plupart des femmes, tout, même le plus grand chagrin, aboutit à une question d’essayage (Guer 335/325).

Vivez tout à fait avec la femme et vous ne verrez plus rien de ce qui vous l’a fait aimer (Guer 352/341).

La jeunesse une fois passée, il est rare qu’on reste confiné dans l’insolence (Guer 403/391).

Notre mémoire et notre cœur ne sont pas assez grands pour pouvoir être fidèles (Guer 532/515).

Nous n’avons pas assez de place, dans notre pensée actuelle, pour garder les morts à côté des vivants (Guer 532/515).

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Il n’y avait pas d’anormaux quand l’homosexualité était la norme. (SG 616/18).

Toute action de l’esprit est aisée si elle n’est pas soumise au réel  (SG 650/50).

C’est comme ça dans le monde, on ne se voit pas, on ne dit pas les choses qu’on voudrait se dire ; du reste, partout, c’est la même chose dans la vie (SG 685/84).

Les hommes peuvent avoir plusieurs sortes de plaisirs. Le véritable est celui pour lequel ils quittent l’autre (SG 710/108).

Dans l’attente, on souffre tant de l’absence de ce qu’on désire qu’on ne peut supporter une autre présence (SG 729/127).

Les images choisies par le souvenir sont aussi arbitraires, aussi étroites, aussi insaisissables, que celles que l’imagination avait formées et la réalité détruites (SG 752/149).

Si l’habitude est une seconde nature, elle nous empêche de connaître la première (SG 754/151).

On peut quelquefois retrouver un être, mais non abolir le temps (SG 883/276).

Le nez est généralement l’organe où s’étale le plus aisément la bêtise (SG 913/305).

L’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules (SG 934/325).

Il n’y a que les femmes qui ne savent pas s’habiller qui craignent la couleur (SG 1055/442).

Il y a une chose plus difficile encore que de s’astreindre à un régime, c’est de ne pas l’imposer aux autres (SG 1097/482).

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Car la possession de ce qu’on aime est une joie plus grande encore que l’amour (Pris 51/44).

La jalousie n’est souvent qu’un inquiet besoin de tyrannie appliqué aux choses de l’amour (Pris 91/82).

On n’aime que ce qu’on ne possède pas tout entier (Pris 106/98).

L’amour, dans l’anxiété douloureuse comme dans le désir heureux, est l’exigence d’un tout. Il ne naît, il ne subsiste que si une partie reste à conquérir (Pris 106/98).

On déteste ce qui nous est semblable, et nos propres défauts vus du dehors nous exaspèrent (Pris 108/99).

De même que les peuples ne sont pas longtemps gouvernés par une politique de pur sentiment, les hommes ne le sont pas par le souvenir de leurs rêves (Pris 125/116).

On a dit que la beauté est une promesse de bonheur. Inversement la possibilité du plaisir peut être un commencement de beauté (Pris 140/131).

On trouve innocent de désirer et atroce que l’autre désire (Pris 170/160).

Mort à jamais ? Qui peut le dire ? (Pris 187/177).

L’irresponsabilité aggrave les fautes et même les crimes (Pris 205/194).

Si tranquille qu’on se croie quand on aime, on a toujours l’amour dans son cœur en état d’équilibre instable (Pris 224/213).

Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux (Pris 258/246).

On ne supporte pas toujours bien les larmes qu’on fait verser (Pris 312/299).

En amour, il est plus facile de renoncer à un sentiment que de perdre une habitude (Pris 355/341).

L’amour c’est l’espace et le temps rendus sensibles au cœur (Pris 385/371).

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Il est vraiment rare qu’on se quitte bien, car, si on était bien, on ne se quitterait pas ! (Fug 425/9).

Quand on se voit au bord de l’abîme et qu’il semble que Dieu vous ait abandonné, on n’hésite plus à attendre de lui un miracle (Fug 434/18).

Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination (Fug 440/23).

L’homme est l’être qui ne peut sortir de soi, qui ne connaît les autres qu’en soi, et, en disant le contraire, ment (Fug 450/34).

Une femme que nous entretenons ne nous semble pas une femme entretenue tant que nous ne savons pas qu’elle l’est par d’autres  (Fug 464/47).

Le regret aussi est un amplificateur du désir (Fug 504/86).

A partir d’un certain âge nos amours, nos maîtresses sont filles de notre angoisse (Fug 505/87).

La douleur est un aussi puissant modificateur de la réalité qu’est l’ivresse  (Fug 518/100).

On ne guérit d’une souffrance qu’à condition de l’éprouver pleinement (Fug 536/117).

L’oubli dont je commençais à sentir la force et qui est un si puissant instrument d’adaptation à la réalité parce qu’il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle (Fug 557/138).

L’amour, même en ses plus humbles commencements, est un exemple frappant du peu qu’est la réalité pour nous (Fug 566/147).

On a tort de parler en amour de mauvais choix puisque, dès qu’il y a choix, il ne peut être que mauvais (Fug 611/191).

Notre amour de la vie n’est qu’une vieille liaison dont nous ne savons pas nous débarrasser (Fug 645/225).

On dédaigne volontiers un but qu’on n’a pas réussi à atteindre, ou qu’on a atteint définitivement (Fug 670/250).

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Une femme qu’on aime suffit rarement à tous nos besoins et on la trompe avec une femme qu’on n’aime pas (TR 704/10).

Tant il est peu de réussites faciles, et d’échecs définitifs (TR 732/39).

C’est toujours l’attachement à l’objet qui amène la mort du possesseur (TR 807/114).

Rien n’est plus limité que le plaisir et le vice (TR 828/134).

Dans les personnes que nous aimons, il y a, immanent à elles, un certain rêve que nous ne savons pas toujours discerner mais que nous poursuivons (TR 839/146).

Les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus (TR 870/177).

L’artiste qui renonce à une heure de travail pour une heure de causerie avec un ami sait qu’il sacrifie une réalité pour quelque chose qui n’existe pas (TR 875/182).

L’instinct dicte le devoir et l’intelligence fournit les prétextes pour l’éluder (TR 879/186).

Ce que nous n’avons pas eu à déchiffrer, à éclaircir par notre effort personnel, ce qui était clair avant nous, n’est pas à nous (TR 880/187).

L’art véritable n’a que faire de tant de proclamations et s’accomplit dans le silence (TR 882/188).

Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie mais de l’obscurité et du silence (TR 898/204).

Par l’art seulement, nous pouvons sortir de nous (TR 895/202).

La vérité suprême de la vie est dans l’art (TR 902/209).

Le bonheur est salutaire pour le corps, mais c’est le chagrin qui développe les forces de l’esprit (TR 906/ 212).

Ce sont nos passions qui esquissent nos livres, le repos d’intervalle qui les écrit (TR 907/214).

Quant au bonheur, il n’a presque qu’une seule utilité, rendre le malheur possible (TR 907/214).

Ce ne sont pas les êtres qui existent réellement et sont par conséquent susceptibles d’expression, mais les idées (TR 908/215).

Un nom c’est tout ce qui reste bien souvent pour nous d’un être, non pas même quand il est mort mais de son vivant (TR 966/273).

Ce qui est dangereux et procréateur de souffrances dans l’amour, ce n’est pas la femme elle-même, c’est sa présence de tous les jours, la curiosité de ce qu’elle fait à tous moments, ce n’est pas la femme, c’est l’habitude (TR 1022/327).

Avoir un corps c’est la grande menace pour l’esprit (TR 1034/340).

Nos plus grandes craintes, comme nos plus grandes espérances, ne sont pas au-dessus de nos forces et nous pouvons finir par dominer les unes et réaliser les autres (TR 1035/340.

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