La petite phrase musicale de Vinteuil

Phrase Vinteuil

Passages parallèles dans le Quintette et la sonate de Franck

Charles Swann aime à écouter la sonate de Vinteuil et en particulier une petite phrase qui est profondément associée à ses amours tumultueuses avec Odette de Crécy. Certains pensent que cette sonate serait celle de César Franck, d’autre font référence à un thème de la 3ème  symphonie de Borodine (voir commentaire ci-dessous). 

A son entrée, tandis que Mme Verdurin montrant des roses qu’il [Swann] avait envoyées le matin lui disait : « Je vous gronde » et lui indiquait une place à côté d’Odette, le pianiste jouait pour eux deux, la petite phrase de Vinteuil qui était comme l’air national de leur amour. Il commençait par la tenue des trémolos de violon que pendant quelques mesures on entend seuls, occupant tout le premier plan, puis tout d’un coup ils semblaient s’écarter et comme dans ces tableaux de Pieter De Hooch, qu’approfondit le cadre étroit d’une porte entr’ouverte, tout au loin, d’une couleur autre, dans le velouté d’une lumière interposée, la petite phrase apparaissait, dansante, pastorale, intercalée, épisodique, appartenant à un autre monde. Elle passait à plis simples et immortels, distribuant çà et là les dons de sa grâce, avec le même ineffable sourire ; mais Swann y croyait distinguer maintenant du désenchantement. Elle semblait connaître la vanité de ce bonheur dont elle montrait la voie. Dans sa grâce légère, elle avait quelque chose d’accompli, comme le détachement qui succède au regret. Mais peu lui importait, il la considérait moins en elle-même,—en ce qu’elle pouvait exprimer pour un musicien qui ignorait l’existence et de lui et d’Odette quand il l’avait composée, et pour tous ceux qui l’entendraient dans des siècles—, que comme un gage, un souvenir de son amour qui, même pour les Verdurin que pour le petit pianiste, faisait penser à Odette en même temps qu’à lui, les unissait ; c’était au point que, comme Odette, par caprice, l’en avait prié, il avait renoncé à son projet de se faire jouer par un artiste la sonate entière, dont il continua à ne connaître que ce passage. « Qu’avez-vous besoin du reste ? lui avait-elle dit. C’est ça notre morceau. » Et même, souffrant de songer, au moment où elle passait si proche et pourtant à l’infini, que tandis qu’elle s’adressait à eux, elle ne les connaissait pas, il regrettait presque qu’elle eût une signification, une beauté intrinsèque et fixe, étrangère à eux, comme en des bijoux donnés, ou même en des lettres écrites par une femme aimée, nous en voulons à l’eau de la gemme, et aux mots du langage, de ne pas être faits uniquement de l’essence d’une liaison passagère et d’un être particulier (Swann 218/316).

Une réflexion au sujet de « La petite phrase musicale de Vinteuil »

  1. Dans « Lettres à Madame SCHEIKEVITCH » de Marcel Proust – librairie des Champs Elysées 1928 , Marie Scheikevitch dans un avant-propos intitulé « croquis » écrit que Marcel Proust lui a dit  » Aimez vous BORODINE ? Vous savez que c’est un des thèmes de sa 3° symphonie qui m’a donné l’idée de la petite phrase de la sont de Vinteuil »

    Patrick Chatelin

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