Lieux de vie

8 rue Roy (8ème)
1870-1873

 

Le 3 septembre 1870, veille de la chute du Second Empire, Adrien Proust épouse Jeanne Weil qui a quinze ans de moins que lui. Le ménage s’installe dans un appartement situé au deuxième étage d’un immeuble au 8 rue Roy dans le 16ème arrondissement.

8 rue Roy (2)

8 rue Roy

L’armée allemande est victorieuse à Sedan le 2 septembre 1870. A partir du 17 septembre 1870, la ville de Paris est encerclée et un blocus est établi. Le 18 mars va commencer « La Commune de Paris » qui se terminera le 28 mai par la « semaine sanglante » et l’écrasement des « Communards » par les « Versaillais ».

Incendie de l'hôtel de Ville

L’incendie de l’Hôtel de Ville

 

Barricades

Barricades à l’entrée de la rue Royale
Jeanne Proust est une jeune femme sensible et extrêmement nerveuse. Enceinte de Marcel elle supporte difficilement cette période d’insécurité d’autant plus que son mari est légèrement blessé par une balle perdue en allant prendre son service à l’hôpital de la Charité.
Pour des raisons de sécurité le couple décide de se réfugier provisoirement dans la maison de Louis Weil oncle de Jeanne, située au 96 rue La Fontaine à Auteuil dans l’actuel 16ème arrondissement. La maison est bâtie au milieu d’un terrain de 1500 m² qui relie la rue La Fontaine à la rue de la Source avec, à l’entrée, une écurie pour deux chevaux et une remise pour deux voitures. C’est dans cette maison que Jeanne accouchera le 10 juillet d’un garçon, Marcel.
A l’époque, c’est la campagne mais la campagne à Paris. Marcel y fera de nombreux séjours et les souvenirs qu’il en gardera se mélangeront avec ceux de la maison de tante Léonie à Illiers.
La maison est grande mais dénuée de goût, dans un vaste jardin coupé d’allées de gravier.
Pendant vingt-cinq ans, au printemps et en été, la famille se rendra pour de courts séjours dans la maison. Chaque matin le docteur Proust prend l’omnibus qui s’arrête juste devant la maison pour se rendre à l’Hôtel-Dieu ou à l’hôpital de la Charité en moins d’une heure.
C’est pendant un de ces séjours à Auteuil que sur le chemin de retour du Bois de Boulogne Marcel et saisi d’une cris de suffocation si violente que son père terrifié croit qu’il va mourir.
La maison a été détruite en 1897 être remplacée pas des immeubles dont le n° 96 porte une plaque commémorative.

Peu après la naissance, les Proust regagneront leur appartement de la rue Roy qu’ils habiteront jusqu’en 1873.

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Boulevard Malesherbes (8ème)
1873-1900

 

9 Bd Malesherbes 9 (2)

9 boulevard Malesherbes

Même à Paris, dans un des quartiers les plus laids de la ville, je sais un fenêtre où on voit après un premier, un second et même un troisième plan fait des toits amoncelés de plusieurs rues, une cloche violette, parfois rougeâtre, parfois aussi, dans les plus nobles « épreuves » qu’en tire l’atmosphère, d’un noir décanté de cendres, laquelle n’est autre que le dôme Saint-Augustin et qui donne à cette vue de Paris le caractère de certaines vues de Rome par Piranesi  (Swann 60/127).

 

En 1873, les Proust s’installent dans un bel immeuble, au boulevard Malesherbes, dans lequel ils resteront jusqu’en 1900.
L’appartement est spacieux. Le boulevard est planté alors de marronniers et l’on peut jouir d’une vue agréable allant de l’église de la Madeleine toute proche jusqu’au dôme de Saint-Augustin aussi on ne comprend pas pourquoi l’auteur porte un jugement aussi critique sur le quartier. Peut-être est-ce parce qu’à ces entassements d’immeubles qui l’entouraient, l’enfant préférait-il les jardins d’Auteuil et d’Illiers qui deviendront plus tard le jardin de Combray.
L’appartement est situé au fond d’une cour intérieure, au premier étage. Marcel­ Proust y vit avec ses parents.
Dans la cour de l’immeuble se trouve la boutique d’un tailleur dont s’inspirera Proust dans La Recherche  pour créer le personnage de Jupien, giletier qui officiait dans une boutique installée dans la cour de hôtel particulier de la Marquise de Villeparisis.

 

Moriss

D’une fenêtre de l’appartement Marcel peut apercevoir la­ colonne Morris où il court voir les spectacles de théâtre annoncés. Cette colonne existe ­toujours de l’autre côté du boulevard, au n° 9.

Tous les matins je courais jusqu’à la colonne Moriss pour voir les spectacles qu’elle annonçait. Rien n’était plus désintéressé et plus heureux que les rêves offerts à mon imagination par chaque pièce annoncée et qui étaient conditionnés à la fois par les images inséparables des mots qui en composaient le titre et aussi de la couleur des affiches encore humides et boursouflées de colle sur lesquelles il se détachait. (Swann 73/136).

 

Sortie du Lycée Condorcet

Sortie du lycée Condorcet
(par Jean Béraud)

Marcel fréquente le Lycée Condorcet, proche de l’appartement, de la 6ème au baccalauréat de 1882 à 1887. Jeune, il va souvent dans les jardins des Champs Elysées accompagné par sa gouvernante.

jardins des Champs-Elysées

Jardin des Champs-Elysées

Champs Elysées Georges Stein

Les Champs-Elysées à l’époque de Marcel Proust

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Service militaire à Orléans
septembre 1889 – 14 novembre 1890

 

Trois jours après son arrivée à la caserne, son capitaine invite Proust à loger en ville car ses fréquentes crises nocturnes d’asthme empêchent ses camarades de dormir. Proust ne se fait pas prier et loue une chambre dans une sorte de pension de famille, au 92 faubourg Bannier, à trois cents mètres de la caserne Coligny.

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 Caserne Coligny
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Illiers-Combray
 1872–1882

 

Chaque année, au début des vacances de Pâques, la famille quitte Paris pour se rendre à Illiers (Combray) dans la maison de Mme Amiot, la sœur du docteur Proust.

Eglise de Combray 01

L’église de Combray

On reconnaissait le clocher de Saint-Hilaire de bien loin, inscrivant sa figure inoubliable à l’horizon où Combray n’apparaissait pas encore ; quand du train qui, la semaine de Pâques, nous amenait de Paris, mon père l’apercevait qui filait tour à tour sur tous les sillons du ciel, faisant courir en tous sens son petit coq de fer, il nous disait : « Allons, prenez les couvertures, on est arrivé. » (Swann 63/123).

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Intérieur de l’église
C’est dans l’église, à l’occasion du mariage de la fille du docteur Percepied, que le narrateur jeune adolescent aperçoit pour la première fois la duchesse de Guermantes dont il est follement amoureux.
Et mes regards s’arrêtant à ses cheveux blonds, à ses yeux bleus, à l’attache de son cou et omettant les traits qui eussent pu me rappeler d’autres visages, je m’écriais devant ce croquis volontairement incomplet : « Qu’elle est belle ! Quelle noblesse ! Comme c’est bien une fière Guermantes, la descendante de Geneviève de Brabant, que j’ai devant moi ! » Et l’attention avec laquelle j’éclairais son visage l’isolait tellement, qu’aujourd’hui si je repense à cette cérémonie, il m’est impossible de revoir une seule des personnes qui y assistaient sauf elle et le suisse qui répondit affirmativement quand je lui demandai si cette dame était bien Mme de Guermantes (Swann 177/264).

 

Place du marché

 

On y vient également durant l’été mais Marcel sera privé de ces séjours tant attendus dès l’âge de dix ans à la suite d’une très sévère crise d’asthme qui a failli l’emporter.

Un peu à l’écart du village, Jules Amiot possède un vaste jardin qu’il a baptisé Pré-Catelan. On y trouve de très beaux arbres, une pièce d’eau artificielle mais aussi un kiosque, construction incongrue dans la campagne française.

Pré Catelan

Le Pré Catelan, jardin de plaisance de l’oncle de Marcel

Chambre de tante Léonie

La chambre de tante Léonie

La cousine de mon grand-père, ma grand’tante, chez qui nous habitions, était la mère de cette tante Léonie qui, depuis la mort de son mari, mon oncle Octave, n’avait plus voulu quitter, d’abord Combray, puis à Combray sa maison, puis sa chambre, puis son lit et ne « descendait » plus, toujours couchée dans un état incertain de chagrin, de débilité physique, de maladie, d’idée fixe et de dévotion (Swann 49/106).

 

Lit de Marcel à Combray

Lit de Marcel chez tante Léonie

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait (Swann 3/50).

 

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CABOURG/BALBEC
Nombreux séjours de 1880-1920

 

Cabourg train 02

Marcel Proust a réellement connu le petit train si souvent cité dans La Recherche. Le département du Calvados s’était en effet doté d’un chemin de fer d’intérêt local. Ce train très rustique circulait sur une voie unique à écartement limité et desservait plusieurs plages vers l’ouest de Cabourg.

J’allai prendre le petit chemin de fer d’intérêt local dont j’avais, par Albertine et ses amies, appris autrefois tous les surnoms dans la région, où on l’appelait tantôt le Tortillard à cause de ses innombrables détours, le Tacot parce qu’il n’avançait pas, le Transatlantique à cause d’une effroyable sirène qu’il possédait pour que se garassent les passants, le Decauville et le Funi, bien que ce ne fût nullement un funiculaire mais parce qu’il grimpait sur la falaise, ni même à proprement parler un Decauville mais parce qu’il avait une voie de 60, le B. A. G : parce qu’il allait de Balbec à Grallevast en puissant par Angerville, le Tram et le T. S. N. parce qu’il faisait partie de la ligne des tramways du Sud de la Normandie (SG 784/180).

 

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En regardant la mer (Francisco Miralles)

La plage de Cabourg
(par Francisco Moralles)

 

Au milieu des années 1850, un homme d’affaires avait senti le nouvel engouement des riches bourgeois s’entichent pour les bains de mer et c’est ainsi qu’il entrepris la construction du Grand-Hôtel de Cabourg. Celle-ci se fera en plusieurs étapes, tout d’abord un petit hôtel modeste construit sur la belle plage de sable fin puis en 1862, le Grand Hôtel de la Plage de 150 chambres, communiquant avec le Casino attenant, puis enfin, en 1907, le Grand-Hôtel actuel avec un confort inconnu jusqu’alors, chauffage central, eau chaude à profusion, ascenseur, thermes, etc.

SG

Marcel Proust va y faire de nombreux séjours au Grand-Hôtel, enfant d’abord, accompagné de sa grand-mère puis de sa mère puis adulte ou il aimera venir pour de long séjour afin de travailler dans le calme.

Mais combien ma souffrance s’aggrava quand nous eûmes débarqué dans le hall du GrandHôtel de Balbec, en face de l’escalier monumental qui imitait le marbre, et pendant que ma grand’mère, sans souci d’accroître l’hostilité et le mépris des étrangers au milieu desquels nous allions vivre, discutait les « conditions » avec le directeur, sorte de poussah à la figure et à la voix pleines de cicatrices (qu’avait laissées l’extirpation sur l’une, de nombreux boutons, sur l’autre des divers accents dus à des origines lointaines et à une enfance cosmopolite), au smoking de mondain, au regard de psychologue, prenant généralement à l’arrivée de l’ »omnibus », les grands seigneurs pour des râleux et les rats d’hôtel pour des grands seigneurs ! (JF (662/230).

 

Salle à M

La salle à manger du Grand-Hôtel

Et le soir ils ne dînaient pas à l’hôtel où les sources électriques faisant sourdre à flots la lumière dans la grande salle à manger, celle-ci devenait comme un immense et merveilleux aquarium devant la paroi de verre duquel la population ouvrière de Balbec, les pêcheurs et aussi les familles de petits bourgeois, invisibles dans l’ombre, s’écrasaient au vitrage pour apercevoir, lentement balancée dans des remous d’or la vie luxueuse de ces gens, aussi extraordinaire pour les pauvres que celle de poissons et de mollusques étranges (JF 681/249).

 

 

Kiosque à musique

Le kiosque de musique

C’était l’heure où dames et messieurs venaient tous les jours faire leur tour de digue, exposés aux feux impitoyables du face-à-main que fixait sur eux, comme s’ils eussent été porteurs de quelque tare qu’elle tenait à inspecter dans ses moindres détails, la femme du premier président, fièrement assise devant le kiosque de musique, au milieu de cette rangée de chaises redoutée où eux-mêmes tout à l’heure, d’acteurs devenus critiques, viendraient s’installer pour juger à leur tour ceux qui défileraient devant eux. (JF 784/180).

Le lift

Le directeur vint pousser un bouton : un personnage encore inconnu de moi qu’on appelait « lift » se mit à descendre vers moi avec l’agilité d’un écureuil domestique, industrieux et captif. Puis en glissant de nouveau le long d’un pilier, il m’entraîna à sa suite vers le dôme de la nef commerciale. Cependant pour dissiper, au cours de l’interminable ascension, l’angoisse mortelle que j’éprouvais à traverser en silence le mystère de ce clair-obscur sans poésie, j’adressai la parole au jeune organiste, artisan de mon voyage et compagnon de ma captivité, lequel continuait à tirer les registres de son instrument et à pousser les tuyaux. Je m’excusai de tenir autant de place, de lui donner tellement de peine et lui demandai si je ne le gênais pas dans l’exercice d’un art à l’endroit duquel, pour flatter le virtuose, je fis plus que manifester de la curiosité, je confessai ma prédilection. Mais il ne me répondit pas, soit étonnement de mes paroles, attention à son travail, souci de l’étiquette, dureté de son ouïe, respect du lieu, crainte du danger, paresse d’intelligence ou consigne du directeur (JF 665/233).

Les Frémonts

La villa des Frémonts à Trouville, modèle de la Raspelière

Disons, du reste, que le jardin de la Raspelière était en quelque sorte un abrégé de toutes les promenades qu’on pouvait faire à bien des kilomètres alentour. D’abord à cause de sa position dominante, regardant d’un côté la vallée, de l’autre la mer, et puis parce que, même d’un seul côté, celui de la mer par exemple, des percées avaient été faites au milieu des arbres de telle façon que d’ici on embrassait tel horizon, de là tel autre. Il y avait à chacun de ces points de vue un banc ; on venait s’asseoir tour à tour sur celui d’où on découvrait Balbec, ou Parville, ou Douville. Même, dans une seule direction, avait été placé un banc plus ou moins à pic sur la falaise, plus ou moins en retrait. De ces derniers, on avait un premier plan de verdure et un horizon qui semblait déjà le plus vaste possible, mais qui s’agrandissait infiniment si, continuant par un petit sentier, on allait jusqu’à un banc suivant d’où l’on embrassait tout le cirque de la mer (SG 999/388).

En septembre 1891, Proust retourne à Cabourg et se souvient avec nostalgie des séjours qu’il y a fait enfant avec sa grand-mère puis avec sa mère. De là il se rend à Trouville et va passer quelques jours dans la villa de Mme Charlotte Baignières sur les hauteurs dominant la Manche Les Frémonts, modèle de la Raspelière de Mme Verdurin avec ses « trois vues ».
En 1907, Proust va retourner à Cabourg sur les conseil de son médecin et ce sera un véritable pèlerinage sur les lieux où il a été si heureux. Pendant deux mois il multiplie les promenades et les visites dans les environs. Une fois la saison terminée et ses amis partis, il aurait aimé resté à l’hôtel pour travailler mais l’hôtel est vide et des travaux sont prévus et Proust rentre à Paris fin septembre.
Deux mois par an pendant sept ans Proust retourne fidèlement à Cabourg. Il loge au 4e étage, louant jusqu’à deux chambres de chaque côté de la sienne pour se protéger du bruit. Il n’est pas un client facile car il se plaint constamment, sa chambre est trop humide, celle de son domestique n’est pas contiguë de la sienne, etc. Il sort peu, se lève en milieu de journée, descend rarement avant la fin d’après-midi, fréquente le casino qui jouxte l’hôtel, voit des amis, reçoit dans sa chambre des jeunes gens du voisinage, ou des chasseurs de l’hôtel, moyennant finances.

 

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45 Rue de Courcelles (8ème)
 1900-1906

 

Rue de Courcelles 3

45 rue de Courcelles

Le boulevard Malesherbes commençait à baisser dans l’estime du beau monde, il était devenu bruyant et un peu trop voyant aussi durant l’été 1900, la famille Proust s’installe dans un nouvel appartement toujours dans le 8ème arrondissement, au 45 rue de Courcelles, mais une rue plus huppée qui reflète mieux le haut rang professionnel atteint par le docteur Proust. Le hall est majestueux tout comme que l’escalier de pierre qui respire un air de richesse.
L’appartement est vaste, plus de 300 m², et se situe au second, étage noble, et comporte une grande salle à manger, un salon en rotonde, un bureau et cinq chambres. L’immeuble est doté du gaz, de l’électricité, d’un ascenseur et de salles de bains. Outre la famille Proust, valet de chambre, femme de chambre, cuisinière y habitent. Les réceptions sont fréquentes et c’est une période socialement active pour Marcel.
C’est dans cet appartement que mourront les parents de Proust, son père en 1903 et sa mère en 1905
La mort de sa mère, en 1905, sera pour Marcel Proust un drame terrible aggravé par le remords de n’avoir pas été pour elle le fils qu’elle aurait souhaité et de ne pas lui avoir rendu l’amour qu’elle lui prodiguait. Il éprouve même la tentation de disparaître, non en se tuant, mais en se laissant mourir de faim. Il finit par se résoudre à entrer dans la maison de santé du docteur Sollier à Boulogne sur Seine (le Boulogne-Billancourt d’aujourd’hui) pour se désintoxiquer de tous les remèdes absorbés de façon anarchique depuis des années et réapprendre à vivre en régulant ses heures de sommeil et de repas.
En fait, rempli des préjugés d’un homme qui a trop lu d’ouvrages de médecine, il refuse de se plier aux prescriptions du docteur Sollier et fait tout pour démontrer l’inefficacité de ses méthodes.  Alors qu’il lui est défendu d’écrire et de recevoir, il s’empresse d’alerter ses amis pour les inviter à venir lui rendre visite dans son lieu de retraite et sa chambre va très vite devenir un salon mondain. C’est donc non guéri qu’il en repartira.
Il n’y sera resté que du 6 décembre 1905 au 25 janvier 1906.

 

Pavillon direction clinique

 

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Hôtel des Réservoirs à Versailles
août–septembre 1906

 

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Hôtel des Réservoirs à Versailles

« …je n’ai pas quitté mon lit, je n’ai pu une seule fois aller au château, ni à Trianon, ni nulle part ; j’ouvre les yeux à la nuit close, et je me demande souvent si le lieu hermétiquement clos et éclairé à l’électricité où je suis est plutôt situé ailleurs qu’à Versailles. » (lettre à Mme de Cavaillet).

 

Mal remis de la mort de sa mère et, comme on l’a vu non guéri à la suite de son séjour à la clinique de Boulogne sur Mer, Marcel Proust décide de prendre des congés et de s’éloigner de Paris, plusieurs idées lui traversent l’esprit mais il hésite et finit par se rabattre sur un séjour à l’hôtel des Réservoirs à Versailles. Il va y rester six mois. Le premiers temps il fait des promenades dans le parc du château mais bien vite, comme il ne se lève jamais avant huit heures du soir, la nuit étant tombée, il cesse de sortir et il ne mettra plus le nez dehors pendant les cinq mois suivants. Proust garde un mauvais souvenir de cette période.

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102 Boulevard Haussmann (8ème)
1906-1919

 

102 Bd Haussmann

102 boulevard Haussmann

Une autre raison du séjour à Versailles a été l’imminence du départ de la rue de Courcelles dont le bail expirait le 30 septembre 1906 et il n’était pas raisonnable de continuer à vivre seul dans un si grand appartement.
Il demande à des amis de l’aider pour chercher un nouvel appartement mais il tergiverse tellement que ses amis perdent patience. Il se tourne alors vers sa grand-tante qui possède un immeuble pour moitié, lui-même en possédant un quart suite au décès de sa mère).
Cet immeuble est situé au 102 du Boulevard Haussmann et il signe un bail d’un an qui sera renouvelé chaque année jusqu’en 1919.
Il quitte précipitamment l’hôtel des Réservoirs pour s’installer boulevard Haussmann alors que les travaux de rénovation sont loin d’être terminés.
L’appartement est sombre, il est situé au premier étage, qui n’en comptait que trois à l’époque, et comprend, en plus des commodités habituelles, une grande chambre à coucher et un salon qui donnent sur les marronniers du boulevard plus une chambre plus petite, une salle à manger et une antichambre donnant sur une cour intérieure.
Ne supportant pas le bruit, Proust fait tapisser sa chambre d’épaisses plaques d’écorce brute (rapidement noircies de ses fumigations antiasthmatiques) pour se protéger du bruit des sabots des chevaux sur le pavé de la rue et du moteur des premières automobiles. Les fenêtres sont toujours fermées afin de se protéger du pollen des marronniers. C’est dans cette chambre que sera écrite la plus grande partie de la Recherche.
C’est dans cet appartement qu’un soir de début janvier 1909, Proust rentrant tard dans la nuit, frissonnant, fait l’expérience d’un des événements les plus mémorables de sa vie. Sa gouvernante, Céline lui demande avec insistance qu’il prenne une tasse de thé. Il laisse tomber négligemment dans sa tasse un morceau de pain grillé et le porte ramolli à ses lèvres. On assiste ainsi à l’éveil de la fameuse mémoire inconsciente (voir la madeleine).
La tante de Proust l’informe brutalement qu’elle a vendu l’immeuble à une banque. A nouveau Proust doit se mettre Proust doit se mettre en quête d’un appartement
La banque qui a acheté l’immeuble a réalisé dû procéder à une restauration de la chambre qui a été médiocre ; d’ailleurs, pour des raisons de sécurité il est pratiquement impossible de la visiter.

 

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8 bis Rue Laurent Pichat (16ème)
mai-octobre 1919

 

Proust doit donc trouver à nouveau un appartement qui soit assez grand pour contenir une grande partie du mobilier dont il ne veut pas se séparer mais aussi pour abriter son secrétaire et Céleste sa gouvernante.
Un ami, Jacques Porel, fils de Réjane met à sa disposition un étage de l’hôtel particulier propriété de sa mère, sis rue Laurent Pichat dans le 16ème ou il s’installe le 30 mai 1919.
Très vite il découvre ses nombreuses incommodités, proximité des arbres et donc des pollens néfastes pour son asthme, mauvaise insonorisation, « les voisins dont me sépare la cloison font l’amour tous les jours avec une frénésie dont je suis jaloux… j’envie des gens qui peuvent pousser des cris tels que la première fois j’ai cru à un assassinat, » etc.

 

8 rue Laurent Pichat

 

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Hôtel Ritz

La nuit était aussi belle qu’en 1914, comme Paris était aussi menacé. Le clair de lune semblait comme un doux magnésium continu permettant de prendre une dernière fois des images nocturnes de ces beaux ensembles comme la place Vendôme, la place de la Concorde auxquels l’effroi que j’avais des obus qui allaient peut-être les détruire, donnait par contraste, dans leur beauté encore intacte, une sorte de plénitude, et comme si elles se tendaient en avant, offrant aux coups leurs architectures sans défense (TR 802/109).

C’est la princesse Soutzo, qui y loge, qui va faire redécouvrir l’établissement à Marcel Proust. Celui-ci va devenir un habitué fidèle puisqu’il a coutume d’y dîner plusieurs fois par semaine. Le grand hôtel devient son second domicile. Il y rencontre des personnalités du tout Paris. Proust le fréquentera assidûment jusqu’à sa mort.
Janvier 1919, coup de théâtre, la tante de Marcel lui annonce qu’elle a vendu l’immeuble à son banquier. C’est pour lui un choc terrible car il était tout particulièrement attaché à cette demeure intimément lié au souvenir de son grand-oncle Louis Weil qu’il adorait et de sa mère.
 

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44 rue Hamelin (8ème)
1919 – 1922

 

Insatisfait de son logement de la rue Pichat, Proust reprend ses recherches et se voit proposer par une agence un appartement rue Hamelin. Sa gouvernante, Céleste, envoyée en reconnaissance donne un avis favorable.
L’appartement situé au 4ème étage et l’immeuble est pourvu d’un ascenseur. Il comprend cinq pièces principales mais Proust ne se souciera jamais d’aménager le salon et la salle à manger où les meubles seront entassés dans le plus grand désordre. Proust ne veut pas faire fonctionner le chauffage central ni faire allumer le feu dans la cheminée et l’hiver on grelotte.
Ilpasse tout son temps dans sa chambre dans laquelle il n’a gardé que l’essentiel, son lit, un petit meuble chinois des tables pour supporter tout ce dont il a besoin pour travailler et enfin un grand fauteuil pour les visiteurs. 

 

44 rue Hamelin

 

Chambre-de-Marcel-rue-Hamelin

 

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