Commis au Grand Hôtel

Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche

Total

Swann

JF

Guer

SG

Pris

Fug

TR

7

4

   

3

L’oncle de Bloch, Nissim Bernard, s’amouraille d’un jeune garçon, commis au restaurant du Grand Hôtel de Balbec (1)

Bien plus tard, le narrateur apprend que celui-ci, grâce à l’appui et aux largesses de son protecteur, est devenu directeur du restaurant (2)

(1)

M. Nissim Bernard pratiquait au plus haut point les vertus de famille. Tous les ans il louait à Balbec une magnifique villa pour son neveu, et aucune invitation n’aurait pu le détourner de rentrer dîner dans son chez lui, qui était en réalité leur chez eux. Mais jamais il ne déjeunait chez lui. Tous les jours il était à midi au Grand-Hôtel. C’est qu’il entretenait, comme d’autres, un rat d’opéra, un «commis», assez pareil à ces chasseurs dont nous avons parlé, et qui nous faisaient penser aux jeunes israélites d’Esther et d’Athalie….

Dès lors la vie du jeune enfant avait changé. Il avait beau porter le pain et le sel, comme son chef de rang le lui commandait, tout son visage chantait … (SG 843/237)

 
(2) J’appris plus tard indirectement qu’il avait fait de vaines tentatives auprès du directeur du restaurant. Ce dernier devait sa situation à ce qu’il avait hérité de M. Nissim Bernard. Il n’était autre, en effet que cet ancien jeune servant que l’oncle de Bloch « protégeait ». Mais sa richesse lui avait apporté la vertu. De sorte que c’est en vain que Saint-Loup avait essayé de le séduire. Ainsi par compensation, tandis que des gens vertueux s’abandonnent, l’âge venu, aux passions dont ils ont enfin pris conscience, des adolescents faciles deviennent des hommes à principe contre lesquels des Charlus, venus sur la foi d’anciens récits mais trop tard, se heurtent désagréablement. Tout est affaire de chronologie. (TR 737/43)

Une réflexion au sujet de « Commis au Grand Hôtel »

  1. Il est regrettable que certains personnages secondaires de la Recherche, qui ne font qu’une ou deux apparitions fugaces dans le roman (Alix, la marquise du quai Malaquais, l’huissier de la princesse de Guermantes, la princesse de Nassau ou Maurice, du Temple de l’Impudeur de Jupien) ne fassent pas l’objet de plus de commentaires ou d’analyse. Car ces personnages, en dépit de leurs brèves apparitions , ne laissent-ils pas sur notre psyché des marques indélébiles?

    Ainsi de ce jeune commis du Grand Hôtel de Balbec que le Narrateur compare à un « rat d’opéra » qui abandonne (tous) ses charmes à Nissim Bernard avec une complaisance désarmante. Nissim Bernard trompe allègrement ce jeune prince faussement racinien avec un garçon de ferme (l’une des deux « tomates »), ce qui est désopilant. Ce qui est beaucoup plus difficile à avaler, c’est la suite de l’histoire, lorsqu’on apprend que plus tard, le commis en question devient directeur de restaurant et qu’en devenant riche, il devient vertueux. C’est, affirme le Narrateur-Proust, pour la raison que parfois « des adolescents faciles deviennent des hommes de principe ».

    Si dans la Recherche la conversion de la vertu au vice est monnaie courante, la réciproque est rarissime. Toujours est-il que ce ce commis très dissolu qui une fois directeur de restaurant devient vertueux vous paraît-il vraisemblable? Est-il plausible que quelques années plus tôt il ait pu succomber avec un tel abandon aux assauts impétueux d’un Nissim Bernard alors qu’ayant acquis de la maturité et présumément du goût, par le fait qu’il soit devenu soi-disant « vertueux », il ait résolument dédaigné les charmes irrésistibles d’un sémillant Robert de Saint-Loup?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *