Le journal des Goncourt (fin)

 

Le temps retrouvé (La Pléïade 1954, page 717 et Folio 1988, page 23)

 

 

Je m’arrêtai là, car je partais le lendemain ; et d’ailleurs, c’était l’heure où me réclamait l’autre maître au service de qui nous sommes chaque jour, pour une moitié de notre temps. La tâche à laquelle il nous astreint, nous l’accomplissons les yeux fermés. Tous les matins il nous rend à notre autre maître, sachant que sans cela nous nous livrerions mal à la sienne. Curieux, quand notre esprit a rouvert ses yeux, de savoir ce que nous avons bien pu faire chez le maître qui étend ses esclaves avant de les mettre à une besogne précipitée, les plus malins, à peine la tâche finie, tâchent de subrepticement regarder. Mais le sommeil lutte avec eux de vitesse pour faire disparaître les traces de ce qu’ils voudraient voir. Et depuis tant de siècles nous ne savons pas grand-chose là-dessus.