Le directeur du Grand Hôtel et la guerre

Le Temps retrouvé (La Pléïade 1954, page 746 et Folio 1988, page 53)

 

 

Je parlai à Saint-Loup de mon ami le directeur du Grand Hôtel de Balbec qui, paraît-il, avait prétendu qu’il y avait eu au début de la guerre dans certains régiments français des défections qu’il appelait des « défectuosités », et avait accusé de les avoir provoquées ce qu’il appelait le « militariste prussien » ; il avait même cru, à un certain moment, à un débarquement simultané des Japonais, des Allemands et des Cosaques à Rivebelle, menaçant Balbec, et avait dit qu’il n’y avait plus qu’à « décrépir ». Il trouvait le départ des pouvoirs publics pour Bordeaux un peu précipité et déclarait qu’ils avaient eu tort de « décrépir » aussi vite. Ce germanophobe disait en riant à propos de son frère : « Il est dans les tranchées, à vingt-cinq mètres des Boches ! » jusqu’à ce qu’ayant appris qu’il l’était lui-même, on l’eût mis dans un camp de concentration.

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