Proust et le marketing

 

Vente livre enchères

Le premier tome de « La Recherche », « Du côté de chez Swann » va paraître avec difficulté et après de nombreuses déceptions. En effet, au grand désespoir de Proust, plusieurs éditeurs, Fasquelle, Gallimard, Olendorff, ont refusé son manuscrit. Toutefois, malgré ces échecs successifs il ne renonce pas et contacte un éditeur nouveau sur la place de Paris, la maison d’édition Grasset.  Aidé par Louis Brun, chargé de l’édition chez Grasset, Proust va enfin obtenir l’accord de l’éditeur. Le livre est publié en novembre 1913. Un contrat est signé. Il est peu rémunérateur mais Proust conserve la propriété de l’ouvrage. Le livre paraît à frais d’auteur et l’écrivain doit payer sa fabrication de sa poche. Sa rémunération dépendra du volume des ventes.

Il faut impérativement vendre le livre et on découvre alors avec étonnement un Proust qui, pour arriver à ses fins, n’hésite pas à utiliser des procédés surprenants, épaulé en cela par Louis Brun qui ne ménage pas aide et conseils.

Une nouvelle vente aux enchères d’objets ayant appartenu à Marcel Proust a levé le voile sur les stratégies utilisées par l’écrivain pour faire parler de lui et de son œuvre.

Pour arriver à ses fins, Marcel Proust n’hésite pas à demander à des amis journalistes ou écrivains de rédiger des critiques élogieuses et de les faire publier et il va jusqu’à leur proposer pour cela de l’argent, de 300 à 660 francs pour une parution dans un journal ou une revue, évidemment les règlements se font par le biais d’intermédiaires. Parfois l’auteur va lui-même encenser son œuvre, bien entendu sous un pseudonyme, qualifiant Du côté de chez Swann de « petit chef-d’œuvre » qui « disperse les vapeurs soporifiques » des autres livres en vente « comme un coup de vent ».

Il faut reconnaître que si ces pratiques peuvent choquer aujourd’hui, elles étaient admises à l’époque et Proust les a menées d’une main de maître, et puis il est vrai que la maison Grasset ne dépensait que peu d’ardeur et d’argent pour la promotion du livre.

Pour remercier Louis Brun, Proust lui offrira quelques années après la parution de « Du côté de chez Swann » un exemplaire du livre imprimés sur un des plus beaux papiers au monde, le papier japonais washi et dont il ne reste aujourd’hui que cinq exemplaires répertoriés dans le monde.

C’est ce livre dédicacé et rarissime, qui va être mis en vente à Paris par la maison Sotheby’s lors des enchères qui auront lieu fin octobre 2017. Des sites spécialisés décrivent le livre comme un cinquième du « Saint Graal proustien » et estiment sa valeur entre 400 000 et 600 000 euros.

Avis aux amateurs !

Texte rédigé à partir d’un article paru dans le Monde daté du 29 septembre 2017 http://abonnes.lemonde.fr/big-browser/article/2017/09/29/le-meilleur-attache-de-presse-de-marcel-proust-etait-marcel-proust_5193722_4832693.html?xtmc=proust_encheres&xtcr=1